Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Quand je me tiens sous l'abri du Très-Haut
et repose à l'ombre du Puissant,
je dis au Seigneur : « Mon refuge,
mon rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ! »

C'est lui qui te sauve des filets du chasseur
et de la peste maléfique ;
il te couvre et te protège.
Tu trouves sous son aile un refuge :
sa fidélité est une armure, un bouclier.

Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit,
ni la flèche qui vole au grand jour,
ni la peste qui rôde dans le noir,
ni le fléau qui frappe à midi.

Qu'il en tombe mille à tes côtés,
qu'il en tombe dix mille à ta droite,
toi, tu restes hors d'atteinte.

Il suffit que tu ouvres les yeux,
tu verras le salaire du méchant.
Oui, le Seigneur est ton refuge ;
tu as fait du Très-Haut ta forteresse.


Le malheur ne pourra te toucher,
ni le danger, approcher de ta demeure :
il donne mission à ses anges
de te garder sur tous tes chemins.

Ils te porteront sur leurs mains
pour que ton pied ne heurte les pierres ;
tu marcheras sur la vipère et le scorpion,
tu écraseras le lion et le Dragon.

« Puisqu'il s'attache à moi, je le délivre ;
je le défends, car il connaît mon nom.
Il m'appelle, et moi, je lui réponds ;
je suis avec lui dans son épreuve.

« Je veux le libérer, le glorifier ;
de longs jours, je veux le rassasier,
et je ferai qu'il voie mon salut. »

Sœur Véronique Margron

Méditation

Sœur Véronique Margron

Des visages. Des centaines de visages sont là quand je prie le psaume 90. Connus. Aimés, admirés aussi. Des moines et moniales qui tous les soirs - comme tous les religieux et tant de chrétiens - chantent, prient, méditent ce psaume. Il est une rumination, une mémoire croyante du fond des âges. Une respiration, habitée de mille histoires.
Ces femmes et ces hommes me portent pour que mon pied ne heurte les pierres de trop de dureté de l’existence, de trop de violence. À toute heure ils sont là, fidèles, se tenant debout devant le Seigneur de leurs vies de nos vies, de ma vie. Ils prient le psaume 90 qui devient une rumeur du monde. Du monde qui refuse que le désespoir l’emporte et de se soumettre à la convoitise qui tue. Une rumeur qui croit à l’impossible.
Leurs vies sont pourtant telles que la mienne, que la nôtre.

Grandes souvent, mais avec leurs lots de petitesses, d’ombres, de douleurs de vivre aussi. Nos soucis sont les leurs. Nos bonheurs les touchent. Ils sont des compagnons d’une humanité intégrale avec ses hauts et ses bas. Mais une humanité qui prend soin du monde des hommes en les portant vers le Seigneur afin qu’il soit un refuge pour chacun. Tous les hommes sont là. Rassemblés en cette prière. Portés par les priants visibles et invisibles.
Je ne sais ce que la prière peut accomplir: « Tu trouves sous son aile un refuge, tu ne craindras pas les terreurs de la nuit ou le fléau qui frappe à midi. Le malheur ne pourra te toucher. »
Non, je ne sais. Car le mal est là. Mais je sais ce que la prière nous épargne de plus de malheur encore. De plus de laideur et de barbarie en ce monde. Alors, reprendre. Ensemble.