Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

De tout mon coeur, Seigneur, je rendrai grâce,
je dirai tes innombrables merveilles ;
pour toi, j'exulterai, je danserai,
je fêterai ton nom, Dieu Très-Haut.

Mes ennemis ont battu en retraite,
devant ta face, ils s'écroulent et périssent.
Tu as plaidé mon droit et ma cause,
tu as siégé, tu as jugé avec justice.

Tu menaces les nations, tu fais périr les méchants,
à tout jamais tu effaces leur nom.
L'ennemi est achevé, ruiné pour toujours,
tu as rasé des villes, leur souvenir a péri.

Mais il siège, le Seigneur, à jamais :
pour juger, il affermit son trône ;
il juge le monde avec justice
et gouverne les peuples avec droiture.

Qu'il soit la forteresse de l'opprimé,
sa forteresse aux heures d'angoisse :
ils s'appuieront sur toi, ceux qui connaissent ton nom ;
jamais tu n'abandonnes, Seigneur, ceux qui te cherchent.

Fêtez le Seigneur qui siège dans Sion,
annoncez parmi les peuples ses exploits !
Attentif au sang versé, il se rappelle,
il n'oublie pas le cri des malheureux.


Pitié pour moi, Seigneur,
vois le mal que m'ont fait mes adversaires,
toi qui m'arraches aux portes de la mort ;
et je dirai tes innombrables louanges
aux portes de Sion,
je danserai de joie pour ta victoire.

Ils sont tombés, les païens, dans la fosse qu'ils creusaient ;
aux filets qu'ils ont tendus, leurs pieds se sont pris.
Le Seigneur s'est fait connaître : il a rendu le jugement,
il prend les méchants à leur piège.

Que les méchants retournent chez les morts,
toutes les nations qui oublient le vrai Dieu !
Mais le pauvre n'est pas oublié pour
toujours :
jamais ne périt l'espoir des malheureux.

Lève-toi, Seigneur : qu'un mortel ne soit pas le plus fort,
que les nations soient jugées devant ta
face !
Frappe-les d'épouvante, Seigneur :
que les nations se reconnaissent mortelles !

Sœur  Anne Lécu

Méditation

Sœur Anne Lécu

Je danserai

Tout au fond de moi, ce minuscule balbutiement s’essaie à prononcer ton nom.
Il dit la joie d’aimer et la peur de mourir, le trouble de la nuit, la surprise de l’aube.
Aux jours de violence et d’indifférence, il frissonne de honte, ou de chagrin, ou de colère.
Il bat pour dire sa solitude,
quand le soir se prolonge et qu’il n’y a personne pour partager le pain.

Il bondit de bonheur, se réjouit, s’enflamme,
quand la vie tout à coup se trouve une maison,
un endroit en ce monde, où elle se sente chez elle,
une épaule auprès de qui se reposer
des enfants à éveiller,
et le ravissement de la joie à donner.

Réveille ma vie, ô mon Seigneur, et cette infime palpitation qui cherche ton visage.
Ce n’est pas plus gros qu’un cœur d’oiseau,

Et le balbutiement de mon cœur qui palpite,
s’accorde à d’autres cœurs, à d’autres espérances.

Lorsque je me tiens là en secret devant toi, je peux entendre leur musique.
Ils sont la joie du monde, et son gémissement.

Tous ces murmures qui sourdent de la terre, maladroits ou déchirants, les cris des malheureux et la joie des heureux, montent vers toi et forment la vraie palpitation du monde, comme un cœur qui bat tout contre ta main, tout contre ta joue, comme un cœur qui bat tout contre le tien.

Et le cœur de ton Fils, l’Unique, déchiré de la lance, forme la porte par où entrer.
Il forme l’arche par où passer, le porche en lequel nos cœurs vivants peuvent venir se glisser pour murmurer ton nom.

Alors naît une danse, irrésistiblement,
la danse de l’amour qui a vaincu la mort.