Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Pourquoi, Seigneur, es-tu si loin ?
Pourquoi te cacher aux jours d'angoisse ?
L'impie, dans son orgueil, poursuit les malheureux :
ils se font prendre aux ruses qu'il invente.

L'impie se glorifie du désir de son âme,
l'arrogant blasphème, il brave le Seigneur ;
plein de suffisance, l'impie ne cherche plus :
« Dieu n'est rien », voilà toute sa ruse.

A tout moment, ce qu'il fait réussit ;
tes sentences le dominent de très haut.
(Tous ses adversaires, il les méprise.)
Il s'est dit : « Rien ne peut m'ébranler,
je suis pour longtemps à l'abri du malheur. »

Sa bouche qui maudit n'est que fraude et violence,
sa langue, mensonge et blessure.
Il se tient à l'affût près des villages,
il se cache pour tuer l'innocent.

Des yeux, il épie le faible,
il se cache à l'affût, comme un lion dans son fourré ;
il se tient à l'affût pour surprendre le pauvre,
il attire le pauvre, il le prend dans son filet.


Il se baisse, il se tapit ;
de tout son poids, il tombe sur le faible.
Il dit en lui-même : « Dieu oublie !
il couvre sa face, jamais il ne verra ! »

Lève-toi, Seigneur ! Dieu, étends la main !
N'oublie pas le pauvre !
Pourquoi l'impie brave-t-il le Seigneur
en lui disant : « Viendras-tu me chercher ? »

Mais tu as vu : tu regardes le mal et la souffrance,
tu les prends dans ta main ;
sur toi repose le faible,
c'est toi qui viens en aide à l'orphelin.

Brise le bras de l'impie, du méchant ;
alors tu chercheras son impiété sans la trouver.
A tout jamais, le Seigneur est roi :
les païens ont péri sur sa terre.

Tu entends, Seigneur, le désir des pauvres,
tu rassures leur coeur, tu les écoutes.
Que justice soit rendue à l'orphelin,
qu'il n'y ait plus d'opprimé,
et que tremble le mortel, né de la terre !

Sœur Véronique Margron

Méditation

Sœur Véronique Margron

VIIIe siècle avant notre ère. Le roi Salomon est mort. La terre des Hébreux est divisée entre le sud et le nord. Au sud, le petit royaume de Juda avec Jérusalem pour capitale. Bout de terre sur le littoral oriental de la Méditerranée, situé au carrefour des routes commerciales, convoité de toute part. Les voisins assyriens ont annexé le Nord, Israël. Mais Jérusalem résiste : petit reste qui refuse de se soumettre, et s’en remet à son Dieu pour le sauver.

« Lève-toi, Seigneur ! Dieu, étends la main ! » « Brise le bras de l’impie, du méchant » (*). L’aventure humaine est toujours la même. La convoitise des hommes aussi. Elle qui chuchote de s’accaparer le bien de l’autre, du plus humble même, jusqu’à sa vie. Elle qui fait croire que dominer serait la clé de l’existence heureuse.

Jalousie qui rend oublieux de l’autre. Il n’est plus qu’une menace pour mon gain. Convoitise, péché des commencements, où un serpent susurre à l’oreille que Dieu n’est pas Dieu, mais juste un petit dieu de rien du tout, inquiet du pouvoir d’un homme qui deviendrait son égal.
Le drame commence là. Quand c’est ce faux dieu que nous écoutons, et non le Dieu de l’Alliance, Celui qui, en son Fils Jésus, n’a pas même jalousé « le rang qui était le sien » (**).
Ce vrai Dieu est protecteur des faibles dont il a épousé la cause, jusque sur la croix. C’est là qu’il a pris dans sa main, en sa chair, la douleur des pauvres et des opprimés. C’est là que la justice, la sienne, est rendue.



* versets 12 et 15
** lettre de saint Paul aux Philippiens,
chapitre 2, verset 6