Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Pourtant tu l'as méprisé, rejeté ;
tu t'es emporté contre ton messie.
Tu as brisé l'alliance avec ton serviteur,
jeté à terre et profané sa couronne.

Tu as percé toutes ses murailles,
tu as démantelé ses forteresses ;
tous les passants du chemin l'ont pillé :
le voilà outragé par ses voisins.

Tu as accru le pouvoir de l'adversaire,
tu as mis en joie tous ses ennemis ;
tu as émoussé le tranchant de son épée,
tu ne l'as pas épaulé dans le combat.

Tu as mis fin à sa splendeur,
jeté à terre son trône ;
tu as écourté le temps de sa jeunesse
et déversé sur lui là honte.


Combien de temps, Seigneur, resteras-tu caché,
laisseras-tu flamber le feu de ta colère ?

Rappelle-toi le peu que dure ma vie,
pour quel néant tu as créé chacun des hommes !
Qui donc peut vivre et ne pas voir la mort ?
Qui s'arracherait à l'emprise des enfers ?

Où donc, Seigneur, est ton premier amour,
celui que tu jurais à David sur ta foi ?

Rappelle-toi, Seigneur, tes serviteurs outragés,
tous ces peuples dont j'ai reçu la charge.
Oui, tes ennemis ont outragé, Seigneur,
poursuivi de leurs outrages ton messie.

Béni soit le Seigneur pour toujours !
Amen ! Amen !

Frère Philippe Verdin

Méditation

Frère Philippe Verdin

Le prophète Isaïe le note avec dépit : « Vraiment tu es un Dieu qui se cache ! » (*). Certes, Dieu s’est révélé en Jésus-Christ, et des centaines de personnes l’ont vu, l’ont entendu. Mais c’était il y a si longtemps ! On aimerait bien le voir maintenant, de nos propres yeux. Nous sommes comme saint Thomas (**) : « Ce serait plus simple si je pouvais le voir, le toucher, l’entendre ! » Ça ne nous ferait pas mieux croire, mais ça nous ferait du bien.
Pourquoi Dieu se cache-t-il ? Par timidité, par pudeur, par respect ? Ou pour ne pas nous effrayer ? Se retrouver comme ça devant l’ami que nous avons si souvent oublié, et peut-être même trahi, ça risque de nous impressionner. J’imagine surtout que Dieu se cache par délicatesse.

Il ne veut pas s’imposer, comme un lointain membre de la famille qui s’installerait soudain dans notre famille, qui s’imposerait dans notre salon, dans notre cœur…
En réalité, Dieu ne se cache pas. Il est là. Il se tient à la porte et il frappe (***). Il frappe doucement à la porte de notre cœur. Il vient dans le doux murmure d’une brise légère. Il est là et nous ne le voyons pas. Il parle à voix basse et nous n’écoutons pas. Il nous tient la main dans une caresse et nous ne le sentons pas.
Ouvre mes oreilles, Seigneur, que je reconnaisse ta voix ! Ouvre mes yeux, Seigneur, que je contemple ton visage ! Ouvre mon cœur, Seigneur, que je t’accueille avec empressement dans la joie et l’émerveillement.



* livre d’Isaïe, chapitre 45, verset 15
** Évangile selon saint Jean, chapitre 20, verset 25
*** livre de l’Apocalypse, chapitre 3, verset 20