Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Seigneur, mon Dieu et mon salut,
dans cette nuit où je crie en ta présence,
que ma prière parvienne jusqu'à toi,
ouvre l'oreille à ma plainte.

Car mon âme est rassasiée de malheur,
ma vie est au bord de l'abîme ;
on me voit déjà descendre à la fosse,
je suis comme un homme fini.

Ma place est parmi les morts,
avec ceux que l'on a tués, enterrés,
ceux dont tu n'as plus souvenir,
qui sont exclus, et loin de ta main.

Tu m'as mis au plus profond de la fosse,
en des lieux engloutis, ténébreux ;
le poids de ta colère m'écrase,
tu déverses tes flots contre moi.

Tu éloignes de moi mes amis,
tu m'as rendu abominable pour eux ;
enfermé, je n'ai pas d'issue :
à force de souffrir, mes yeux s'éteignent.


Je t'appelle, Seigneur, tout le jour,
je tends les mains vers toi :
fais-tu des miracles pour les morts ?
leur ombre se dresse-t-elle pour t'acclamer ?

Qui parlera de ton amour dans la tombe,
de ta fidélité au royaume de la mort ?
Connaît-on dans les ténèbres tes miracles,
et ta justice, au pays de l'oubli ?

Moi, je crie vers toi, Seigneur ;
dès le matin, ma prière te cherche :
pourquoi me rejeter, Seigneur,
pourquoi me cacher ta face ?

Malheureux, frappé à mort depuis l'enfance,
je n'en peux plus d'endurer tes fléaux ;
sur moi, ont déferlé tes orages :
tes effrois m'ont réduit au silence.

Ils me cernent comme l'eau tout le jour,
ensemble ils se referment sur moi.
Tu éloignes de moi amis et familiers ;
ma compagne, c'est la ténèbre.

Frères du 28

Méditation

Frères du 28

C'est le psaume le plus désespéré de la Bible : « ma compagne, c'est la ténèbre ». point final !

Même quand on a toutes les raisons de penser que Dieu nous en veut, que sa colère pèse sur nous, quand on ne comprend pas pourquoi il nous rejette et pourquoi nous sommes enfermés dans le malheur, dans la nuit, il ne reste qu'un seul recours : crier vers Dieu, avec l'espoir qu'il entendra et que ma plainte lui parviendra.

Apparemment, il n'y pas d'issue, il n'y a que la solitude et la perspective d'une mort prochaine dernière étape de l'exclusion qui débouche sur le royaume de la mort. Reste le cri, le cri de Job, le cri d’Israël réduit en esclavage en Egypte : j'ai entendu le cri que lui arrachent ses surveillants.


Ce qui rend cette souffrance insupportable, c'est l'absence des amis ; ils se sont éloignés, comme si c'était Dieu lui-même qui non seulement restait loin, mais se chargeait d'éloigner les proches.

Peut-on encore parler d'amour, de fidélité et de justice ? Reste le cri, l'appel au secours. Dernier requis tant que le souffle n'est pas totalement éteint.

L'expérience chrétienne parle de « nuit », de traversée de la nuit, que connaissent aussi Saint Jean de la Croix que Thérèse de Lisieux. Elle fait partie de la croix du Christ qui lui aussi est mort dans un grand cri, abandonné de Dieu lui-même.