Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Berger d'Israël, écoute,
toi qui conduis Joseph, ton troupeau :
resplendis au-dessus des Kéroubim,
devant Éphraïm, Benjamin, Manassé !
Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

R/ Dieu, fais-nous revenir ;
que ton visage s'éclaire,
et nous serons sauvés !

Seigneur, Dieu de l'univers,
vas-tu longtemps encore
opposer ta colère aux prières de ton peuple,
le nourrir du pain de ses larmes,
l'abreuver de larmes sans mesure ?
Tu fais de nous la cible des voisins :
nos ennemis ont vraiment de quoi rire !

R/ Dieu, fais-nous revenir ;
que ton visage s'éclaire,
et nous serons sauvés !

La vigne que tu as prise à l'Égypte,
tu la replantes en chassant des nations.
Tu déblaies le sol devant elle,
tu l'enracines pour qu'elle emplisse le pays.


Son ombre couvrait les montagnes,
et son feuillage, les cèdres géants ;
elle étendait ses sarments jusqu'à la mer,
et ses rejets, jusqu'au Fleuve.

Pourquoi as-tu percé sa clôture ?
Tous les passants y grappillent en chemin ;
le sanglier des forêts la ravage
et les bêtes des champs la broutent.

R/ Dieu de l'univers, reviens !

Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu'a plantée ta main puissante,
le rejeton qui te doit sa force.
La voici détruite, incendiée ;
que ton visage les menace, ils périront !

Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l'homme qui te doit sa force.
Jamais plus nous n'irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !

R/ Seigneur, Dieu de l'univers,
fais-nous revenir ;
que ton visage s'éclaire,
et nous serons sauvés !

Sœur  Anne Lécu

Méditation

Sœur Anne Lécu

Cette vigne

C’était un grand cru.
Le maître de chais soignait cette vigne comme son épouse. Chaque matin, il passait dans ses rangs, goûtait là un raisin, caressait ici une feuille, dégageait ailleurs un cep.
Il connaissait la couleur de la terre et son goût, qui se retrouvaient dans la robe de son vin, et la chaleur du soleil qui lui donnait sa profondeur.
C’était un grand cru, présent à toutes les fêtes. Tous les mariés en avaient bu, à chaque naissance on trinquait.

Mais le temps de la fête n’est plus.
La vigne, abandonnée aux éléments et aux animaux, périt. Les sangliers s’en mêlent. Ils la dévastent et mangent un peu de tout, ceps, feuilles, fruits. Car le sanglier ne connaît ni le prix du vin ni celui de la fête. Et l’homme seul pleure quand la fête n’est plus.

Le soin séculaire du maître de chais est réduit à néant. Il n’y a plus ni ouvrier, ni vendangeur. Ils ont été tués. Plus de fête, plus de vin, plus de joie.

Le maître du domaine avait pourtant tenté de sauver sa vigne. Il avait envoyé son Fils, son unique héritier. Mais, comme les raisins foulés, son sang a rougi la terre de cette vigne ; il « couvre les montagnes » et s’étend « jusqu’à la mer ».

Et le grand bois où le Fils fut sacrifié se dresse comme un nouveau cep, d’où jaillit ce nouveau vin.

Inutile de reconstruire la clôture. Ce vin est pour tous.
Il est le grand vin de la fête, celui que l’on sert en dernier, celui que l’on n'attendait plus.
Il est Dieu lui-même qui s’offre en libation, pour sauver nos fêtes dévastées, et leur rendre la joie.