Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Dieu, les païens ont envahi ton domaine ;
ils ont souillé ton temple sacré
et mis Jérusalem en ruines.

Ils ont livré les cadavres de tes serviteurs
en pâture aux rapaces du ciel
et la chair de tes fidèles, aux bêtes de la terre ;
ils ont versé le sang comme l'eau
aux alentours de Jérusalem :
les morts restaient sans sépulture.

Nous sommes la risée des voisins,
la fable et le jouet de l'entourage.
Combien de temps, Seigneur, durera ta colère
et brûlera le feu de ta jalousie ?

Déverse ta fureur
sur les païens qui ne t'ont pas reconnu,
sur les royaumes qui n'invoquent pas ton nom,
car ils ont dévoré Jacob
et ravagé son territoire.


Ne retiens pas contre nous les péchés de nos ancêtres :
que nous vienne bientôt ta tendresse,
car nous sommes à bout de force !

Aide-nous, Dieu notre Sauveur,
pour la gloire de ton nom !
Délivre-nous, efface nos fautes,
pour la cause de ton nom !

Pourquoi laisser dire au païens :
« Où donc est leur Dieu ? »
Que les païens, sous nos yeux, le reconnaissent:
il sera vengé, le sang versé de tes serviteurs.

Que monte en ta présence la plainte du captif !
Ton bras est fort : épargne ceux qui doivent mourir.
[Rends à nos voisins, sept fois, en plein coeur,
l'outrage qu'ils t'ont fait, Seigneur Dieu.]

Et nous, ton peuple, le troupeau que tu conduis,
sans fin nous pourrons te rendre grâce
et d'âge en âge proclamer ta louange.

Frère Philippe Verdin

Méditation

Frère Philippe Verdin

Quel chrétien n’a éprouvé la risée des voisins parce qu’il essayait timidement de vivre sa foi ? Au Soudan du Nord, en Indonésie de l’ouest, au Nigéria du centre, on assassine les chrétiens comme des agneaux de bas prix à l’abattoir. Chez nous, Dieu merci il n’en n’est pas ainsi. Mais les humiliations dans la cour de récréation pour la fille qui porte une petite croix autour du cou, mais les ricanements sur les plateaux de télévision, mais les lazzis des collègues quand on annonce qu’on prend quelques jours de congés pour un pèlerinage, mais les haussements d’épaules dédaigneux quand les amis découvrent que vous êtes dames caté…
Peut-être vaut-il mieux cette risée que l’indifférence. Peut-être pouvons-nous répondre avec humour au conformisme bien-pensant qui juge que les trucs de curés sont réservés aux vieilles filles mal dans leur peau et aux bigots.

Peut-être pouvons-nous nous souvenir des moqueries et des crachats que le Christ eut à subir (*). Peut-être pouvons-nous plaindre les voisins qui se gaussent, sûrs de leur supériorité de libres-penseurs voltairiens pourtant bien ringarde. Peut-être devons-nous nous souvenir que les mêmes qui nous pointaient du doigt sont venus nous trouver en cachette pour demander de mettre un cierge à la grotte pour leur fils drogué. Peut-être devons-nous ne pas oublier les fiers qui gloussent mais qui viennent nous trouver en cachette pour qu’on leur donne des raisons d’espérer lorsqu’un décès les surprend.
Seigneur, garde-nous de nous moquer de ceux qui ne croient pas comme nous.



* Évangile selon saint Matthieu, chapitre 27, versets 27 et suivants