Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Ils s'en prennent à Dieu et demandent :
« Dieu peut-il apprêter une table au désert ?
Sans doute, il a frappé le rocher :
l'eau a jailli, elle coule à flots !
Mais pourra-t-il nous donner du pain
et procurer de la viande à son peuple ? »

Alors le Seigneur entendit et s'emporta,
il s'enflamma de fureur contre Jacob,
sa colère monta contre Israël.
Car ils n'avaient pas foi en Dieu,
ils ne croyaient pas qu'il les sauverait.

Il commande aux nuées là-haut,
il ouvre les écluses du ciel :
pour les nourrir il fait pleuvoir la manne,
il leur donne le froment du ciel ;
chacun se nourrit du pain des Forts,
il les pourvoit de vivres à satiété.

Dans le ciel, il pousse le vent d'est
et lance le grand vent du midi.
Sur eux il fait pleuvoir une nuée d'oiseaux,
autant de viande que de sable au bord des mers.

Elle s'abat au milieu de leur camp
tout autour de leurs demeures.
Ils mangent, ils sont rassasiés,
Dieu contentait leur envie.

Mais leur envie n'était pas satisfaite,
ils avaient encore la bouche pleine,
quand s'éleva la colère de Dieu :
il frappe les plus vaillants d'entre eux
et terrasse la jeunesse d'Israël.


Et pourtant ils péchaient encore,
ils n'avaient pas foi en ses merveilles.
D'un souffle il achève leurs jours,
et leurs années en un moment.

Quand Dieu les frappait, ils le cherchaient,
ils revenaient et se tournaient vers lui :
ils se souvenaient que Dieu est leur rocher,
et le Dieu Très-Haut, leur rédempteur.

Mais de leur bouche ils le trompaient,
de leur langue ils lui mentaient.
Leur coeur n'était pas constant envers lui ;
ils n'étaient pas fidèles à son alliance.

Et lui, miséricordieux,
au lieu de détruire, il pardonnait ;
maintes fois, il retint sa colère
au lieu de réveiller sa violence.
Il se rappelait : ils ne sont que chair,
un souffle qui s'en va sans retour.

Que de fois au désert ils l'ont bravé,
offensé dans les solitudes !
De nouveau ils tentaient Dieu,
ils attristaient le Saint d'Israël.
Ils avaient oublié ce jour
où sa main les sauva de l'adversaire.

Frère Pascal Marin

Méditation

Frère Pascal Marin

Comment survivre au désert, sans eau, sans nourriture ? Cette expérience radicale a formé la foi d’Israël. Elle lui a appris à recevoir la vie dans le dénuement, le manque d’eau et de pain, les périls, l’incertitude sur quoi demain sera fait. Elle lui a fait découvrir que « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (*), comme Jésus le redira au tentateur en digne fils du peuple d’Israël (**). Mais comprendre cela n’est pas une chose facile. Le psalmiste nous raconte l’histoire d’un rude combat au désert contre le découragement et le doute. L’eau jaillie du rocher, le don quotidien d’un pain venu du ciel, la manne, une viande donnée à satiété, les merveilles accomplies chaque jour par Dieu pour que son peuple survive au désert sont sans cesse recouvertes du sable de l’oubli. Ce combat de la foi, nous le menons nous aussi. Dans le désert de nos vies, éprouvés par le manque, manque de santé, manque de force morale, manque de travail et de quoi subsister dignement, manque de considération, d’affection, cruel manque de liberté et tous les manques dont peut souffrir un homme, nous n’avons qu’une issue. Mais cette issue – la foi – ne ment pas ! Il faut nous fier aux merveilles de la foi. Tout ce qui arrive de bon au quotidien, souvent de simples petits riens et petits signes qui mettent un instant la joie au cœur, et que la foi sait voir. Et la foi porte vie. Elle seule peut chasser les démons que le manque suscite, frustration, envie, ressentiment. La foi n’est-elle pas la première des merveilles de Dieu dans une vie ?



* livre du Deutéronome, chapitre 8, verset 3
** Évangile selon saint Matthieu, chapitre 4, verset 4