Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Par ses signes il frappa l'Égypte,
et le pays de Tanis par ses prodiges.
Il transforme en sang l'eau des fleuves
et les ruisseaux, pour qu'ils ne boivent pas.
Il leur envoie une vermine qui les ronge,
des grenouilles qui infestent tout.

Il livre les récoltes aux sauterelles
et le fruit de leur travail aux insectes.
Il ravage leurs vignes par les grêlons
et leurs figuiers par le gel.

Il abandonne le bétail à la grêle
et les troupeaux à la foudre.
Il lâche sur eux le feu de sa colère,
indignation, fureur, effroi,
il envoie des anges de malheur.

Il ouvre la route à sa colère,
il abandonne leur âme à la mort,
et livre leur vie à la peste.
Il frappe tous les fils aînés de l'Égypte,
sous les tentes de Cham, la fleur de sa race.

Tel un berger, il conduit son peuple,
il pousse au désert son troupeau.
Il les guide et les défend, il les rassure ;
leurs ennemis ont engloutis par la mer.

Il les fait entrer dans son domaine sacré,
la montagne acquise par sa main.
Il chasse des nations devant eux,
il délimite leurs parts d'héritage
et il installe sous leurs tentes les tribus d'Israël.

Mais ils bravaient, ils tentaient le Dieu Très-Haut,
ils refusaient d'observer ses lois ;
ils déviaient comme leurs pères, ils désertaient,
trahissaient comme un arc infidèle.
Leurs hauts lieux le provoquaient,
leurs idoles excitaient sa jalousie.


Dieu a entendu, il s'emporte,
il écarte tout à fait Israël ;
il quitte la demeure de Silo,
la tente qu'il avait dressée chez
les hommes ;
il laisse capturer sa gloire,
et sa puissance par des mains ennemies.

Il livre son peuple à l'épée,
contre son héritage, il s'emporte :
le feu a dévoré les jeunes gens,
les jeunes filles n'ont pas connu la joie des noces ;
les prêtres sont tombés sous l'épée,
les veuves n'ont pas chanté leur lamentation.

Le Seigneur, tel un dormeur qui s'éveille,
tel un guerrier que le vin ragaillardit,
frappe l'ennemi à revers
et le livre pour toujours à la honte.

Il écarte la maison de Joseph,
ne choisit pas la tribu d'Éphraïm.
Il choisit la tribu de Juda,
la montagne de Sion, qu'il aime.
Il a bâti comme le ciel son temple ;
comme la terre, il l'a fondé pour toujours.

Il choisit David son serviteur ;
il le prend dans les parcs à moutons ;
il l'appelle à quitter ses brebis
pour en faire le berger de Jacob, son peuple,
d'Israël, son héritage.

Berger au coeur intègre,
sa main prudente les conduit.

Frère Franck Dubois

Méditation

Frère Franck Dubois

Quelle histoire ! Quelle histoire chahutée et si crédible aussi. Crédible, parce qu’imparfaite ; sainte, parce que si humaine, jouant tour à tour de défaites en victoires. Trahisons, alliances, amours : tout y est. Et Dieu dans tout cela, tellement humain lui-même. Jaloux et contrarié, rebelle et guerrier il pourchasse et châtie. Comment ? Quel outrage ! On voudrait Dieu plus sage. On le voudrait distant là-haut sur un nuage, regardant sans les voir les hommes et leurs misères. Ou bien trop empressé de prendre notre place, en nous forçant la main à la moindre occasion pour nous contraindre au bien, qu’on entende raison. Mais Il nous créa libres, comment l’oublierait-il ? Dieu peut tout, mais reprendre, c’est voler ; et Dieu n’est pas voleur. Nous voilà donc emmêlés dans une histoire houleuse. Et Dieu vient nous rejoindre là où nous sommes placés. Incognito il passe, et réveille les cœurs, du jeune roi David, de Moïse et des autres. Il passe, et l’homme se souvient : de sa grande destinée, du commandement divin, de son devoir d’aimer. En voyant cette histoire, c’est ma vie que je vois. Mes propres trahisons, et ces moments aussi où Dieu sans se faire voir a réveillé en moi la part la plus belle. Elle se nomme « liberté », et fait de moi un roi.