Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Vers Dieu, je crie mon appel !
Je crie vers Dieu : qu'il m'entende !

Au jour de la détresse, je cherche le Seigneur ;
la nuit, je tends les mains sans relâche,
mon âme refuse le réconfort.

Je me souviens de Dieu, je me plains,
je médite et mon esprit défaille.
Tu refuses à mes yeux le sommeil ;
je me trouble, incapable de parler.

Je pense aux jours d'autrefois,
aux années de jadis ;
la nuit, je me souviens de mon chant,
je médite en mon coeur, et mon esprit s'interroge.

Le Seigneur ne fera-t-il que rejeter,
ne sera-t-il jamais plus favorable ?
Son amour a-t-il donc disparu ?
S'est-elle éteinte, d'âge en âge, la parole ?

Dieu oublierait-il d'avoir pitié,
dans sa colère a-t-il fermé ses entrailles ?
J'ai dit : « Une chose me fait mal,
la droite du Très-Haut a changé. »

Je me souviens des exploits du Seigneur,
je rappelle ta merveille de jadis ;
je me redis tous tes hauts faits,
sur tes exploits je médite.


Dieu, la sainteté est ton chemin !
Quel Dieu est grand comme Dieu ?

Tu es le Dieu qui accomplis la merveille,
qui fais connaître chez les peuples ta force :
tu rachetas ton peuple avec puissance,
les descendants de Jacob et de Joseph.

Les eaux, en te voyant, Seigneur,
les eaux, en te voyant, tremblèrent,
l'abîme lui-même a frémi.

Les nuages déversèrent leurs eaux,
les nuées donnèrent de la voix,
la foudre frappait de toute part.

Au roulement de ta voix qui tonnait,
tes éclairs illuminèrent le monde,
la terre s'agita et frémit.

Par la mer passait ton chemin,
tes sentiers, par les eaux profondes ;
et nul n'en connaît la trace.

Tu as conduit comme un troupeau ton peuple
par la main de Moïse et d'Aaron.

Sœur Véronique Margron

Méditation

Sœur Véronique Margron

« Le Seigneur dit : J'ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs.
Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays vers un bon et vaste pays. Voici, les cris d'Israël sont venus jusqu'à moi ». (*)

Un Dieu qui entend et tient parole.
La parole, c’est ce qui nous tient, tous, chacun. C’est ce qui nous fait vivre. Et peut nous faire mourir quand elle se métamorphose en mensonge, en dédain, en désinvolture.
Quand elle ne prend pas au sérieux la douleur, l’oppression, le silence.
Le psalmiste souffre : Son Dieu serait-il un Dieu inconstant qui hier accomplit des merveilles, étendit son bras contre les ennemis, et aujourd’hui il aurait oublié ? « La droite du Très Haut a changé. » (**)
C’est là aussi que se faufile ma plainte.

Où est-il le Dieu de mon Salut ? Celui de toute pitié ? Est-il trop occupé pour prendre soin de ma supplique ? De celle que je porte avec d’autres ? Questions sans réponse. Mais question juste devant la douleur et le non-sens.

Alors je tente un pas de côté, modeste.
Car mon Dieu est celui du psalmiste mais autrement que pour lui. Car sa parole, celle qui fait sa force, nous a été donnée, entièrement, dans le Verbe fait chair, Jésus, Parole du Père où tout est dit.
Parole d’un pauvre. D’un Fils qui tient sa Promesse non par son bras puissant, mais par sa vie confiée, par son côté ouvert d’où coule la vie.

Oui, mon Dieu tient parole. Sinon je suis perdue. Mais le Christ Jésus l’adresse à mon cœur, pour me soulever vers les vivants.
« Quel Dieu est grand comme Dieu ? » (***) Le « Très bas » qui s’invite chez moi.



* Livre de l’Exode, chapitre 3, versets 8 à 11
** psaume 76, verset 21
*** psaume 76, verset 14