Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

A toi, Dieu, nous rendons grâce ;
nous rendons grâce, et ton nom est proche :
on proclame tes merveilles !

« Oui, au moment que j'ai fixé,
moi, je jugerai avec droiture.
Que s'effondrent la terre et ses habitants :
moi seul en ai posé les colonnes !

« Aux arrogants, je dis : Plus d'arrogance !
et aux impies : Ne levez pas votre front !
Ne levez pas votre front contre le ciel,
ne parlez pas en le prenant de haut ! »


Ce n'est pas du levant ni du couchant,
ni du désert, que vient le relèvement.
Non, c'est Dieu qui jugera :
il abaisse les uns, les autres il les relève.

Le Seigneur tient en main une coupe
où fermente un vin capiteux ;
il le verse, et tous les impies de la terre
le boiront jusqu'à la lie.

Et moi, j'annoncerai toujours
dans mes hymnes au Dieu de Jacob :
« Je briserai le front des impies,
et le front du juste s'élèvera ! »

Frère Philippe Verdin

Méditation

Frère Philippe Verdin

La Vierge Marie visiblement connaissait les psaumes par cœur. Quand elle chante le « Magnificat » (*) avec sa voix fraiche et joyeuse, elle reprend sans même s’en rendre compte les versets de notre psaume. Les humbles, ceux qui sont toujours derrière, les oubliés, les dédaignés, Dieu les couronne d’amour et de tendresse. Il leur donne la première place au festin des noces de l’Agneau. Mais les repus, les suffisants, les riches, Dieu leur impose de servir les petits. Alors c’est le monde à l’envers ! et c’est la révolution !
Oui d'accord, mais ce programme, est-ce pas une utopie ? Ou alors est-ce seulement une espérance pour le paradis ? Quand les honneurs seront-ils renversés ? Est-il possible qu’on laisse une place pour les étrangers, les boiteux, les filles moches et les garçons qui bégaient ? Les enfants trisomiques peuvent-ils jouer avec les blondinets dans le square ?
Les saints et les saintes ont le génie de reconnaître les enfants de Dieu dans le troupeau des petits et des disgraciés.

Voyez sœur Emmanuelle avec les chiffonniers qui ont la morve au nez et des hépatites dans les veines, Voyez Padre Pio avec les paumés de la modernité, le père Damien avec les lépreux d’Océanie, l’abbé Pierre avec les SDF, le père Wresenski et Geneviève de Gaulle Anthonioz avec les mères débordées et illettrées, Paul VI qui fit assoir Joseph, paysan du Burkina, parmi les évêques du Concile au beau milieu de Saint Pierre de Rome. Jeanne Jugan avec les vieillards abandonnés, les sœurs de Saint-Vincent de Paul qui soignent les malades du SIDA en Centrafrique, les chefs scouts qui organisent des grands jeux entre les tours des banlieues, les grands-parents qui donnent des cours de rattrapage au petit Mohamed et à la petite Jennifer, tous, tous, ils prouvent en douce que le royaume de Dieu est déjà là.
Fais de moi, Seigneur, le signe de la révolution des cœurs qui a déjà commencé.





* Évangile selon saint Luc, chapitre 1, versets 46 à 55