Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Pourquoi, Dieu, nous rejeter sans fin ?
Pourquoi cette colère sur les brebis de ton troupeau ?

Rappelle-toi la communauté
que tu acquis dès l'origine,
la tribu que tu revendiquas pour héritage,
la montagne de Sion où tu fis ta demeure.

Dirige tes pas vers ces ruines sans fin,
l'ennemi dans le sanctuaire a tout saccagé ;
dans le lieu de tes assemblées, l'adversaire a rugi
et là, il a planté ses insignes.

On les a vus brandir la cognée,
comme en pleine forêt,
quand ils brisaient les portails
à coups de masse et de hache.

Ils ont livré au feu ton sanctuaire,
profané et rasé la demeure de ton nom.
Ils ont dit : « Allons ! Détruisons tout ! »
Ils ont brûlé dans le pays les lieux d'assemblées saintes.

Nos signes, nul ne les voit ;
il n'y a plus de prophètes !
Et pour combien de temps ?
Nul d'entre nous ne le sait !

Dieu, combien de temps blasphémera l'adversaire ?
L'ennemi en finira-t-il de mépriser ton nom ?
Pourquoi retenir ta main,
cacher la force de ton bras ?


Pourtant, Dieu, mon roi dès l'origine,
vainqueur des combats sur la face de la terre,
c'est toi qui fendis la mer par ta puissance,
qui fracassas les têtes des dragons sur les eaux;

toi qui écrasas la tête de Léviathan
pour nourrir les monstres marins ;
toi qui ouvris les torrents et les sources,
toi qui mis à sec des fleuves intarissables.

A toi le jour, à toi la nuit,
toi qui ajustas le soleil et les astres !
C'est toi qui fixas les bords de la terre ;
l'hiver et l'été, c'est toi qui les formas.

Rappelle-toi : l'ennemi a méprisé ton nom,
un peuple de fous a blasphémé le Seigneur.
Ne laisse pas la Bête égorger ta Tourterelle,
n'oublie pas sans fin la vie de tes pauvres.

Regarde vers l'Alliance : la guerre est
partout ;
on se cache dans les cavernes du pays.
Que l'opprimé échappe à la honte,
que le pauvre et le malheureux chantent ton nom !

Lève-toi, Dieu, défends ta cause !
Rappelle-toi ces fous qui blasphèment tout le jour.
N'oublie pas le vacarme que font tes ennemis,
la clameur de l'ennemi, qui monte sans fin.

Frère Franck Dubois

Méditation

Frère Franck Dubois

Des ruines, lève-toi

Se souvenir de Dieu au milieu de ces ruines. Mais un passé glorieux console-t-il d’une défaite ? En quoi la mémoire d’un temps bien révolu pourrait en ce matin me donner de revivre ? L’homme que je suis se rappelle le passé, celui que j’ai vécu, celui qu’on m’a conté. Mais Dieu ? Dieu, c’est d’aujourd’hui, maintenant, que tu dois te soucier.
Rappelle-toi de moi et l’Eglise sainte, celle que tu voulus, inébranlable sur terre. Celle dont les portes tiendront sur l’Adversaire. Et vois aujourd’hui : la détresse la gagne. Il y a tant à faire, et si peu de moyens. Va-t-on longtemps encore s’inquiéter et gémir, regretter le passé sans plus croire à l’avenir ? Mais l’avenir, aujourd’hui, c’est cela que je veux. Je ne veux pas mourir, je veux connaître Dieu. Je veux vivre mille fois, debout, vivant, heureux. Je veux en moi la force et l’espoir des prophètes. Je veux des frères chrétiens assemblés pour la fête. Je veux la paix aussi, la douceur tranquille de celui qui s’endort dans un silence simple. Je veux cela maintenant, car demain, que m’importe, il ne m’appartient pas, et il est bien trop loin. A toi le jour, à toi la nuit. Le jour de mes espoirs, la nuit de nos échecs. Le passé dans tes mains est recueilli déjà, l’avenir tu le scrutes et je ne le vois pas. Mais toi et moi, ô mon Dieu partageons cet instant. A l’heure où je te prie, maintenant, souviens-toi. Sans toi je le sais ma vie n’est qu’une ruine. Avec toi, montre-moi, que rien n’est impossible.