Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Vraiment, Dieu est bon pour Israël,
pour les hommes au coeur pur.

Un rien, et je perdais pied,
un peu plus, et je faisais un faux pas ;
car j'étais jaloux des superbes,
je voyais le succès des impies.

Jusqu'à leur mort, ils ne manquent de rien,
ils jouissent d'une santé parfaite ;
ils échappent aux souffrances des hommes,
aux coups qui frappent les mortels.

Ainsi, l'orgueil est leur collier,
la violence, l'habit qui les couvre ;
leurs yeux qui brillent de bien-être
trahissent les envies de leur coeur.

Ils ricanent, ils prônent le mal,
de très haut, ils prônent la force ;
leur bouche accapare le ciel,
et leur langue parcourt la terre.

Ainsi, le peuple se détourne
vers la source d'une telle abondance.
Ils disent : « Comment Dieu saurait-il ?
le Très-Haut, que peut-il savoir ? »

Voyez comme sont les impies :
tranquilles, ils amassent des fortunes.

Vraiment, c'est en vain que j'ai gardé mon coeur pur,
lavé mes mains en signe d'innocence !
Me voici frappé chaque jour,
châtié dès le matin.


Si j'avais dit : « Je vais parler comme eux »,
j'aurais trahi la race de tes fils.
Longtemps, j'ai cherché à savoir,
je me suis donné de la peine.

Mais quand j'entrai dans la demeure de Dieu,
je compris quel serait leur avenir.
Vraiment, tu les as mis sur la pente :
déjà tu les entraînes vers la ruine.

Comment vont-ils soudain au désastre,
anéantis, achevés par la terreur ?
A ton réveil, Seigneur, tu chasses leur image,
comme un songe au sortir du sommeil.

Oui, mon coeur s'aigrissait,
j'avais les reins transpercés.
Moi, stupide, comme une bête,
je ne savais pas, mais j'étais avec toi.

Moi, je suis toujours avec toi,
avec toi qui as saisi ma main droite.
Tu me conduis-selon tes desseins ;
puis tu me prendras dans la gloire..

Qui donc est pour moi dans le ciel
si je n'ai, même avec toi, aucune joie sur la terre ?
Ma chair et mon coeur sont usés :
ma part, le roc de mon coeur, c'est Dieu pour toujours.

Qui s'éloigne de toi périra :
tu détruis ceux qui te délaissent.
Pour moi, il est bon d'être proche de Dieu ;
j'ai pris refuge auprès de mon Dieu ;
pour annoncer les oeuvres du Seigneur
aux portes de Sion.

Frère Pascal Marin

Méditation

Frère Pascal Marin

Voilà le psalmiste en proie au doute. C’est qu’elles sont fortes les valeurs de ceux qui ne partagent pas sa foi. Elles sont puissantes les tentations du monde. Ne s’est-il pas trompé ? N’est-il pas resté fidèle pour du vent ? Le voilà jaloux de ceux qui réussissent. À quoi bon toute la peine que lui vaut son désintérêt pour les profits de ce monde : argent, pouvoir, santé, considération, audience, plaisirs ; eux, « jusqu’à leur mort, ils ne manquent de rien, ils échappent aux souffrances des hommes. » Il s’estime floué. Il s’indigne : « Me voilà frappé chaque jour », « c’est en vain que j’ai gardé mon cœur pur. » La révolte a monté en lui. À tel point qu’il fut tout près d’abandonner sa voie : « Un rien, et je perdais pied, un peu plus, et je faisais un faux pas, car j’étais jaloux des superbes. »

Mais la prière l’a réveillé : « Je ne savais pas, mais j’étais avec toi. » Ce qu’un monde aveuglé par sa propre lumière ne peut pas voir, un cœur priant en garde la mémoire : il est bon Celui qui veille sur le cœur de l’homme. Elle est douce, Sa Présence, à qui lui porte attention. Qui s’oriente à la lumière des cœurs vivra. Qui s’en détourne, aurait-il conquis le monde entier, va errer dans la mort. Sans joie, sans espérance. La gloire du monde n’est qu’un rêve, une image. « À ton réveil, tu chasses leur image, comme un songe au sortir du sommeil. »

Jésus, au désert tu as résisté aux tentations de puissance et de gloire. Que nos cœurs éclairés par la foi guident notre marche à ta suite dans la nuit de ce monde.