Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Sauve-moi, mon Dieu :
les eaux montent jusqu'à ma gorge !

J'enfonce dans la vase du gouffre,
rien qui me retienne ;
je descends dans l'abîme des eaux,
le flot m'engloutit.

Je m'épuise à crier,
ma gorge brûle.
Mes yeux se sont usés
d'attendre mon Dieu.

Plus abondants que les cheveux de ma tête,
ceux qui m'en veulent sans raison ;
ils sont nombreux, mes détracteurs,
à me haïr injustement.

Moi qui n'ai rien volé,
que devrai-je rendre ?
Dieu, tu connais ma folie,
mes fautes sont à nu devant toi.


Qu'ils n'aient pas honte pour moi, ceux qui t'espèrent,
Seigneur, Dieu de l'univers ;
qu'ils ne rougissent pas de moi, ceux qui te cherchent,
Dieu d'Israël !

C'est pour toi que j'endure l'insulte,
que la honte me couvre le visage :
je suis un étranger pour mes frères,
un inconnu pour les fils de ma mère.
L'amour de ta maison m'a perdu ;
on t'insulte, et l'insulte retombe sur moi.

Si je pleure et m'impose un jeûne,
je reçois des insultes ;
Si je revêts un habit de pénitence,
je deviens la fable des gens :
on parle de moi sur les places,
les buveurs de vin me chansonnent.

Frère Franck Dubois

Méditation

Frère Franck Dubois

La fable des gens
Le regard brûlant de ceux qui ne croient pas. Ils me font mal ces yeux qui parfois dévisagent une bête de cirque : « Voyez, il croit en Dieu ! Serait-il donc idiot, ou bien juste inconscient ? N’a-t-il pas vu comme nous, l’évidence est contraire. Dieu, qui l’a jamais vu ? c’est qu’il n’existe pas. » Et puis viendra la liste, que l’on connaît déjà : les guerres, les catastrophes, et bien d’autres misères qui salissent le monde et endeuillent nos cœurs. Je m’use moi aussi, à entendre ces plaintes, et à constater comme eux l’absence pathétique de Dieu dans tout cela. Je m’use à l’attendre le Salut que j’espère, je m’use et suis usé de ces mots en rafale qui minent jusqu’à ma foi. Mais en moi une passion s’obstine malgré tout.

Vin nouveau, outre neuve, c’en est fait de l’usure. Je m’enivre en puisant à la source incroyable. C’est moi qui bois le vin, c’est moi qui déraisonne. Je suis ivre, perdu, livré à une réponse, un seul mot de mon Dieu qui viendrait renverser les évidences abjectes. Je suis fou, abandonné à la force muette qui là haut me viendra à l’heure ultime – qui sait –. Ma vie est suspendue à ce Dieu que j’adore, mon souffle est retenu à son souffle ténu. Car il est là, tout de même, et sans lui je le sais, la vie ne serait pas, et grâce à lui je suis. En moi il attend que germe sur terre le Salut semé autrefois. C’est lui-même qui attend que l’homme se réveille pour délivrer le monde du Mal qu’il a battu. C’est lui-même et c’est moi. La victoire est certaine.