Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Seigneur, corrige-moi sans colère,
et reprends-moi sans fureur.
Pitié, Seigneur, je dépéris !
Seigneur, guéris-moi !
Car je tremble de tous mes os,
de toute mon âme, je tremble.

Et toi, Seigneur, que fais-tu ?
Reviens, Seigneur, délivre-moi,
sauve-moi en raison de ton amour !
Personne, dans la mort, n'invoque ton nom ;
au séjour des morts, qui te rend grâce ?


Je m'épuise à force de gémir ;
chaque nuit, je pleure sur mon lit :
ma couche est trempée de mes larmes.
Mes yeux sont rongés de chagrin ;
j'ai vieilli parmi tant d'adversaires !

Loin de moi, vous tous, malfaisants,
car le Seigneur entend mes sanglots !
Le Seigneur accueille ma demande,
le Seigneur entend ma prière.
Qu'ils aient honte et qu'ils tremblent, tous mes ennemis,
qu'ils reculent, soudain, couverts de honte !

Frère Pascal Marin

Méditation

Frère Pascal Marin

Le psalmiste n’est pas fou. Il ne demande pas dans sa prière : «  Sauve-moi en raison de mon amour.  » Le psalmiste a vécu. Il a suffisamment pleuré et tremblé pour connaître la violence du monde. Elle le menace. Il pense, à tort ou à raison, que des gens en veulent à sa vie. Mais il n’ignore pas non plus sa propre faiblesse. Il sait ce qu’il en est de son amour à lui. Il sait que la violence habite aussi en lui. Il sait aussi comment raisonne volontiers son amour. Il fait des comptes. Il a une certaine tendance à s’estimer lésé. Parfois, souvent, plus que de raison. Et quand elle est juste, sa raison mesure tout. Service pour service. Rien de trop. Rien en plus. Mais la foi du psalmiste, elle, est sans raison. Elle est démesure. Elle veut tout. Elle veut le salut.

Elle n’a que faire de l’amour qui compte. Elle veut un amour plus fort que la faiblesse du pauvre homme. Elle veut être aimée de Dieu ! En raison de ton amour, Seigneur. À la mesure sans mesure de ton amour, oui, Seigneur, aime-moi, sauve-moi ! Mets mon cœur au large ! Donne-moi d’aimer un peu comme Tu aimes !

Et comme ton fils Jésus qui a marché aux jours de sa Passion sans dévier de son chemin vers Toi, sans être emporté par la haine, je veux traverser les épreuves de cette vie sans dévier de ma route. En quête d’un amour plus grand que moi, plus fort que la violence du monde, un amour, je le crois, plus puissant que la mort (**).



* verset 5
** Cantique des cantiques, chapitre 8, verset 6.