Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Dieu, tu nous as rejetés, brisés ;
tu étais en colère, reviens-nous !
Tu as secoué, disloqué le pays ;
répare ses brèches : il s'effondre.

Tu mets à dure épreuve ton peuple,
tu nous fais boire un vin de vertige.
Tu as donné un étendard à tes fidèles,
était-ce pour qu'ils fuient devant l'arc ?

Que tes bien-aimés soient libérés ;
sauve-les par ta droite, réponds-nous !

Dans le sanctuaire, Dieu a parlé :
« Je triomphe ! Je partage Sichem
je divise la vallée de Soukkôt.

« A moi Galaad, à moi Manassé
Ephraim est le casque de ma tête,
Juda, mon bâton de commandement.


« Moab est le bassin où je me lave ;
sur Édom, je pose le talon.
Crieras-tu victoire sur moi, Philistie ? »

Qui me conduira dans la Ville-forte,
qui me mènera jusqu'en Édom,
sinon toi, Dieu, qui nous rejettes
et ne sors plus avec nos armées ?

Porte-nous secours dans l'épreuve :
néant, le salut qui vient des hommes !
Avec Dieu nous ferons des prouesses,
et lui piétinera nos oppresseurs !

Sœur  Anne Lécu

Méditation

Sœur Anne Lécu

Vin de vertige

La coupe est pleine, mon Dieu.
Il serait temps que tu nous donnes à boire autre chose que cette piquette qui nous saoule, et nous disloque de l’intérieur. Nous sommes comme des pantins, abandonnés par un enfant trop gâté qui change de jouets chaque matin.

Est-ce que par hasard tu délires ? A quoi joues-tu ? Si tu es en colère, dis-le !
Ceux qui croient voir encore ta trace dans le reflet du monde n’en peuvent plus des moqueries, et se demandent s’ils n’ont pas eu la berlue !

Le train du monde déraille, nul ne sait où est le frein. Et tu crois que je vais te laisser faire, sans crier vers toi, en tapant une belote au jardin, après le barbecue ?

Il en est tant et tant qui n’ont plus de mots pour t’appeler.
Leur langue a été arrachée.
Ils n’ont plus de larmes non plus.
Même plus cette colère qui me brûle, car elle est partie de leur ventre.


Sais-tu qu’il y a des femmes dont le ventre est ouvert, et d’autres à qui l’on a arraché un enfant ?
Sais-tu qu’il y a des pères dont on a tué le fils ?
Sais-tu qu’il y a des enfants qui n’ont plus de musique dans la tête, qui ne chantent plus en allant à l’école, des enfants sans sourire et sans rire ? Le sais-tu ?

Et en plus, il faudrait que je me taise ?
Tu entends ce que disent les notables de ton peuple ? Non mais je rêve !

Dans le sanctuaire, Dieu a parlé
« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Le cri de ton Fils unique, qui a bu jusqu’à la nausée ce vinaigre de vertige, résonne encore dans tous les cris du monde.

N’oublie pas, ô notre Père,
qu’Il crie vers toi, tant que des hommes crient.