Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Vraiment, vous bâillonnez la justice, vous qui jugez !
Est-ce le droit que vous suivez, fils des hommes ?
Mais non, dans vos coeurs vous commettez le crime ;
sur la terre vos mains font régner la violence.

Les méchants sont dévoyés dès le sein maternel,
menteurs, égarés depuis leur naissance ;
ils ont du venin, un venin de vipère,
ils se bouchent les oreilles, comme des serpents
qui refusent d'écouter la voix de l'enchanteur,
du charmeur le plus habile aux charmes.


Dieu, brise leurs dents et leur mâchoire,
Seigneur, casse les crocs de ces lions :
Qu'ils s'en aillent comme les eaux qui se perdent !
Que Dieu les transperce, et qu'ils en périssent,
comme la limace qui glisse en fondant,
ou l'avorton qui ne voit pas le soleil !

Plus vite qu'un feu de ronces ne lèche la marmite,
que le feu de ta colère les emporte !
Joie pour le juste de voir la vengeance,
de laver ses pieds dans le sang de l'impie !
Et l'homme dira : « Oui, le juste porte du
fruit ;
oui, il existe un Dieu pour juger sur la terre. »

Frère Franck Dubois

Méditation

Frère Franck Dubois

C’en est trop. Des images terribles qui heurtent et éclaboussent. Une haine brutale qui révulse et dégoûte. Comment l’amour et la paix pourraient-ils se glisser au creux de cette violence ? Quelle brèche laisserait-voir Dieu dans ce tableau rouge-sang ?
Je n’en vois qu’une : elle est au centre. Une brèche qui d’un coup a bu toute violence. Celle qu’ouvrit un jour sur le côté, le centurion romain, au corps pendu en croix. Qui aurait pu prévoir pareil retournement ? Qui savait que les coups mérités depuis toujours par l’impie retomberaient sur qui n’aurait jamais péché ?

Au jour du jugement, Dieu ne transperce personne, mais c’est l’homme dans sa folie qui transperça son Dieu. Au jour du jugement le sang nous a lavés, mais c’est le sang du juste qui baignera nos pieds : au pressoir de la croix, le vin pour nous tiré. Et l’eau, précieuse et pure qui jaillit du côté n’ira jamais se perdre. Elle coule désormais, vivifiant mon baptême.
Il existe donc un Dieu pour juger sur la terre et son grand tribunal est un poteau dressé. La justice jusqu’à lui était bien bâillonnée, mais sa Passion muette l’a pour nous libérée.