Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Mon Dieu, écoute ma prière,
n'écarte pas ma demande.
Exauce-moi, je t'en prie, réponds-moi ;
inquiet, je me plains.

Je suis troublé par les cris de l'ennemi
et les injures des méchants ;
ils me chargent de crimes,
pleins de rage, ils m'accusent.

Mon coeur se tord en moi,
la peur de la mort tombe sur moi ;
crainte et tremblement me pénètrent,
un frisson me saisit.

Alors, j'ai dit : « Qui me donnera des ailes de colombe ?
Je volerais en lieu sûr ;
loin, très loin, je m'enfuirais
pour chercher asile au désert. »

J'ai hâte d'avoir un abri
contre ce grand vent de tempête !
Divise-les, Seigneur,
mets la confusion dans leur langage !

Car je vois dans la ville
discorde et violence :
de jour et de nuit, elles tournent
en haut de ses remparts.

Au-dedans, crimes et malheurs ;
au-dedans, c'est la ruine :
fraude et brutalité
ne quittent plus ses rues.

Si l'insulte me venait d'un ennemi,
je pourrais l'endurer ;
si mon rival s'élevait contre moi,
je pourrais me dérober.

Mais toi, un homme de mon rang,
mon familier, mon intime !
Que notre entente était bonne,
quand nous allions d'un même pas
dans la maison de Dieu !


Que la mort les surprenne,
qu'ils descendent vivants dans l'abîme,
car le mal habite leurs demeures,
il est au milieu d'eux.

Pour moi, je crie vers Dieu ;
le Seigneur me sauvera.
Le soir et le matin et à midi,
je me plains, je suis inquiet.

Et Dieu a entendu ma voix,
il m'apporte la paix.
Il me délivre dans le combat que je menais ;
ils étaient une foule autour de moi.

Que Dieu entende et qu'il réponde,
lui qui règne dès l'origine,
à ceux-là qui ne changent pas
et ne craignent pas Dieu.

Un traître a porté la main sur ses amis,
profané son alliance :
il montre un visage séduisant,
mais son coeur fait la guerre ;
sa parole est plus suave qu'un parfum,
mais elle est un poignard.

Décharge ton fardeau sur le Seigneur :
il prendra soin de toi.
Jamais il ne permettra
que le juste s'écroule.

Et toi, Dieu, tu les précipites au fond de la tombe,
ces hommes qui tuent et qui mentent.
Ils s'en iront dans la force de l'âge ;
moi, je m'appuie sur toi !

Sœur Véronique Margron

Méditation

Sœur Véronique Margron

Un tout proche. Tel est celui qui m’a trahi. Qui a profité de mon amour. De ma confiance. Pour se servir de moi, me briser peut-être, pour saccager toute possible confiance en une parole, un visage, un amour. Confiance en moi-même surtout.
Un intime, qui a charge de me protéger, alors que son mensonge m’enserre, me déchire au dedans et outrage ainsi l’enfant qui continue de vivre en chacun de nous.
Ou même encore ce croyant qui dénonce - parfois de façon anonyme - son frère dans la foi car il estime que ses mœurs ou ses propos ne sont pas conformes à l’idée qu’il se fait de la règle ou du vrai.

Quand l’adversaire frappe, le coup est dur, mais logique. Mais quand il s’agit de celui, de celle que j’aime, avec qui je partage le pain (*) - compagnon de route, de travail, de foi, de vie - comment survivre ? Comment ne pas se durcir, ou laisser l’aigreur m’envahir, elle qui empoisonne et emprisonne ?


Où trouver le goût et la force de rouvrir la confiance ?
« Tu donneras ta vie pour moi ! Affirmes-tu ? En vérité je te le dis : le coq ne chantera pas avant que tu m'aies renié trois fois. » (**) C’est ce que répond Jésus à Pierre, alors qu’il partage un dernier repas avec ses compagnons. Ce qu’il vit alors, dans son cœur d’homme, vient se lover dans nos peines : un parmi les Douze - eux qui ont tout reçu de Jésus - Judas, va vendre son Seigneur pour quelques dérisoires pièces d’argent. Un autre, Simon-Pierre, lui que le Christ va faire « berger de ses brebis » (***), prémices de son Église, va par trois fois le renier.

Pourtant, c’est à ces hommes qui se sont dérobés et l’ont trompé que le Ressuscité donnera toute sa paix et un avenir inédit.



* Psaume 40, verset 10
** Évangile selon saint Jean, chapitre 13, verset 38
*** Évangile selon saint Jean, chapitre 21, verset 15