Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Rends-moi justice, ô mon Dieu,
défends ma cause contre un peuple
sans foi ;
de l'homme qui ruse et trahit,
libère-moi.

C'est toi, Dieu, ma forteresse :
pourquoi me rejeter ?
Pourquoi vais-je assombri,
pressé par l'ennemi ?

Envoie ta lumière et ta vérité :
qu'elles guident mes pas
et me conduisent à ta montagne sainte,
jusqu'en ta demeure.


J'avancerai jusqu'à l'autel de Dieu,
vers Dieu qui est toute ma joie ;
je te rendrai grâce avec ma harpe,
Dieu, mon Dieu.

R/ Pourquoi te désoler, ô mon âme,
et gémir sur moi ?
Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce :
il est mon sauveur et mon Dieu !

Sœur Véronique Margron

Méditation

Sœur Véronique Margron

Un homme est loin de chez lui. Loin de Sion, sa terre. Exilé, rien n’a de sens pour lui. Le monde n’est qu’hostilité. Situation de tant de femmes, d’enfants et d’hommes en ce monde. Loin des leurs, par force. Mais aussi des exilés hors d’eux-mêmes, tant il peut faire noir au-dedans de soi. Se trouver délogé de sa vie.

Oui, mon âme et tout mon être peuvent être troublés à en mourir, assombris, désolés. Qui va me relever ? Qui va m’inviter afin que mon cœur puisse doucement s’entrouvrir ? Qui peut me délivrer, me rendre visage d’humanité ? Je ne sais.

Mais que faire alors si l’obscurité ne semble pas se lever ? Se cacher ? Se figer ? Rester pétrifié ? Ou, lentement, non sans peur et les yeux écarquillés, se risquer à avancer. Avec tous les aléas que cela comporte : se tromper de chemin, être trop fatigué pour aller jusqu’au bout… Mais un autre choix humain est-il possible dans l’existence ?

Avancer à tâtons, ne serait-ce pas synonyme d’espérer ? Commentant le psaume, saint Augustin déclare : « Espère en Dieu, dira à son âme celui qui est troublé par elle… Entre-temps, vis dans l’espérance . »

« Espère en Dieu, il est mon sauveur, mon Dieu. » C’est ma supplication à chaque aurore, dans ce voyage au tracé inconnu, affronté au non-sens, mais goûtant aussi aux joies des presque riens. Espérer. En mon Dieu, mais encore en celles et ceux qui refusent mon exil. C’est grâce à eux que ma maison, mon histoire, restent une terre habitable et habitée.