Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Comme un cerf altéré
cherche l'eau vive,
ainsi mon âme te cherche,
toi, mon Dieu.

Mon âme a soif de Dieu,
le Dieu vivant ;
quand pourrai-je m'avancer,
paraître face à Dieu ?

Je n'ai d'autre pain que mes larmes,
le jour, la nuit,
moi qui chaque jour entends dire :
« Où est-il ton Dieu ? »

Je me souviens,
et mon âme déborde :
en ce temps-là,
je franchissais les portails !

Je conduisais vers la maison de mon Dieu
la multitude en fête,
parmi les cris de joie
et les actions de grâce.

Pourquoi te désoler, ô mon âme,
et gémir sur moi ?
Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce :
il est mon sauveur et mon Dieu !


Si mon âme se désole,
je me souviens de toi,
depuis les terres du Jourdain et de l'Hermon,
depuis mon humble montagne.

L'abîme appelant l'abîme
à la voix de tes cataractes,
la masse de tes flots et de tes vagues
a passé sur moi.

Au long du jour, le Seigneur
m'envoie son amour ;
et la nuit, son chant est avec moi,
prière au Dieu de ma vie.

Je dirai à Dieu, mon rocher :
« Pourquoi m'oublies-tu ?
Pourquoi vais-je assombri,
pressé par l'ennemi ? »

Outragé par mes adversaires,
je suis meurtri jusqu'aux os,
moi qui chaque jour entends dire :
« Où est-il ton Dieu ? »

R/ Pourquoi te désoler, ô mon âme,
et gémir sur moi ?
Espère en Dieu ! De nouveau je rendrai grâce :
il est mon sauveur et mon Dieu !

Sœur  Anne Lécu

Méditation

Sœur Anne Lécu

Soif
Si seulement j’avais soif,
une soif altérée, avivée par l’impérieuse nécessité de te chercher.

Mais c’est toi qui as soif, mon Dieu, bien plus que moi.
Et tu guettes jour et nuit nos pas, avec cette brûlure au cœur des pères inquiets qui tremblent pour leur enfant qui tarde.
Tu as soif et rien ne te calme, sinon ce léger détour que nous faisons parfois pour venir te parler. Et tes entrailles se serrent alors, au son de nos balbutiements, de nos prières malhabiles, de nos secrets chuchotés à toi seul, et de nos peurs d’enfant.
Tu as soif, de notre soif.

Tu as soif mon Dieu, et tu sais que cette soif brûlante va durer encore longtemps, car tu ne seras apaisé qu’à l’heure où le dernier sera rentré à la maison, en ta maison où tout est prêt.
Le vin des noces et le banquet,
et une place, toute prête, marquée d’un caillou blanc, une place pour chacun.


Tu as soif mon Dieu, depuis l’aurore du temps,
une pauvre soif, qui commença dans le jardin où tu cherchais Adam.
Tu as soif, et pour qu’enfin nous le sachions, et pour qu’enfin nous l’entendions, ton Fils avant le grand coup de tonnerre qui retourna le monde, nous le cria :

« J’ai soif »

J’entends son cri qui traverse les siècles, qui transperce le temps comme lui-même le fut de la lance. La terre s’agita et frémit. Les puits tremblèrent, et les éboulis de soucis accessoires dégagèrent l’accès à la source.

L’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté, et il sortit aussitôt du sang et de l’eau.

Et de cette eau, jaillit la soif ! Et une grosse pierre roula.