Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

D'un grand espoir
j'espérais le Seigneur :
il s'est penché vers moi
pour entendre mon cri.

Il m'a tiré de l'horreur du gouffre,
de la vase et de la boue ;
il m'a fait reprendre pied sur le roc,
il a raffermi mes pas.

Dans ma bouche il a mis un chant nouveau,
une louange à notre Dieu.
Beaucoup d'hommes verront, ils craindront,
ils auront foi dans le Seigneur.

Heureux est l'homme
qui met sa foi dans le Seigneur
et ne va pas du côté des violents,
dans le parti des traîtres.

Tu as fait pour nous tant de choses,
toi, Seigneur mon Dieu !
Tant de projets et de merveilles :
non, tu n'as point d'égal !

Je les dis, je les redis encore ;
mais leur nombre est trop grand !

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice,
tu as ouvert mes oreilles ;
tu ne demandais ni holocauste ni victime,
alors j'ai dit : « Voici, je viens.

Dans le livre, est écrit pour moi
ce que tu veux que je fasse.
Mon Dieu, voilà ce que j'aime :
ta loi me tient aux entrailles. »

J'annonce la justice
dans la grande assemblée ;
vois, je ne retiens pas mes lèvres,
Seigneur, tu le sais.


Je n'ai pas enfoui ta justice au fond de mon coeur,
je n'ai pas caché ta fidélité, ton salut ;
j'ai dit ton amour et ta vérité
à la grande assemblée.

Toi, Seigneur,
ne retiens pas loin de moi ta tendresse ;
que ton amour et ta vérité
sans cesse me gardent !

Les malheurs m'ont assailli :
leur nombre m'échappe !

Mes péchés m'ont accablé :
ils m'enlèvent la vue !
Plus nombreux que les cheveux de ma tête,
ils me font perdre coeur.

Daigne, Seigneur, me délivrer ;
Seigneur, viens vite à mon secours !
Qu'ils soient tous humiliés, déshonorés,
ceux qui s'en prennent à ma vie !

Qu'ils reculent, couverts de honte,
ceux qui cherchent mon malheur ;
que l'humiliation les écrase,
ceux qui me disent : « c'est bien fait ! »

Mais tu seras l'allégresse et la joie
de tous ceux qui te cherchent ;
toujours ils rediront : « Le Seigneur
est grand ! »
ceux qui aiment ton salut.

Je suis pauvre et malheureux,
mais le Seigneur pense à moi.
Tu es mon secours, mon libérateur :
mon Dieu, ne tarde pas !

Frère Franck Dubois

Méditation

Frère Franck Dubois

Je n’aime pas compter. Faire le compte de ses malheurs, comme un antiquaire avare : se les remémorer un à un, en goûter tout le fiel. Mais je ne compterai pas non plus ces instants de bonheur fou, lorsque l’amour s’est invité, impromptu dans ma vie, légèreté inouïe de qui va sans soucis. Le bien, le mal, toujours m’échappent. Le passé s’envole, qu’importe, car Dieu est devant moi.
Il y a donc une chose qui jamais ne passera. Une conviction pure, qui n’est pas le bonheur. Serait-ce même la foi ? Serait-ce une certitude ? C’est bien plus que cela. Cela me vient des entrailles et me tient pour la vie. C’est la certitude intime que Dieu est avec moi, ou plutôt qu’il m’appelle à être, à être avec Lui. Il faut donc que j’aille là, droit devant, où toujours il me précède.
Alors je viens, sans offrande, sans sacrifice. Je viens moi-même dépouillé de mes certitudes et mes envies, remisant les projets et les plans. Je viens vers Lui, forcément mal préparé, forcément indigne, forcément petit. Je viens tel que je suis, sans attendre d’être celui que je ne serai jamais. Me voyant ainsi marcher, tout le monde pourra se dire : « D’où lui vient cette force ? Comment peut-il aller si droit, si loin, si juste ? Et ce chant si joyeux qui monte sur ses lèvres… » Ils croiront que cela vient de moi : quelle erreur ! S’ils savaient comme je suis faible, si fragile. Mais comme cette faiblesse me rend fort ! Oui, le regard fixé sur Toi, je peux tout. Je marcherai sur les eaux troubles ; je fendrai la foule hostile ; je passerai la mort, pour te rejoindre, Mon Dieu, ma Vie.