Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

J'ai dit : « Je garderai mon chemin
sans laisser ma langue s'égarer ;
je garderai un bâillon sur ma bouche,
tant que l'impie se tiendra devant moi. »

Je suis resté muet, silencieux ;
je me taisais, mais sans profit.
Mon tourment s'exaspérait,
mon coeur brûlait en moi.
Quand j'y pensais, je m'enflammais,
et j'ai laissé parler ma langue.

Seigneur, fais-moi connaître ma fin,
quel est le nombre de mes jours :
je connaîtrai combien je suis fragile.
Vois le peu de jours que tu m'accordes :
ma durée n'est rien devant toi.

L'homme ici-bas n'est qu'un souffle ;
il va, il vient, il n'est qu'une image.
Rien qu'un souffle, tous ses tracas ;
il amasse, mais qui recueillera ?


Maintenant, que puis-je attendre, Seigneur ?
Elle est en toi, mon espérance.
Délivre-moi de tous mes péchés,
épargne-moi les injures des fous.

Je me suis tu, je n'ouvre pas la bouche,
car c'est toi qui es à l'oeuvre.
Éloigne de moi tes coups :
je succombe sous ta main qui me frappe.

Tu redresses l'homme en corrigeant sa faute,
tu ronges comme un ver son désir ;
l'homme n'est qu'un souffle.

Entends ma prière, Seigneur,
écoute mon cri ;
ne reste pas sourd à mes pleurs.
Je ne suis qu'un hôte chez toi,
un passant, comme tous mes pères.

Détourne de moi tes yeux, que je respire
avant que je m'en aille et ne sois plus.

Frère Pascal Marin

Méditation

Frère Pascal Marin

Quel âge a le psalmiste ? Impossible de le savoir avec précision, bien sûr, mais le psaume nous donne cependant un indice. Celui qui parle ici n’a-t-il pas en effet tous les signes de ce qu’on nomme aujourd’hui « la crise du milieu de la vie » ? Il se croyait fort, invincible. Il avait tout l’avenir devant lui. Il a amassé des biens, construit une famille, bâti une maison. Et voilà que tout n’est plus que tourment et brûlure dans son cœur. Rien ne l’apaise, ni les mots, ni le silence. Que s’est-il passé ? Un conflit, un échec, ou bien tout simplement le temps, qui a passé ? Voilà qu’il s’éprouve maintenant fragile. Il sait que ses jours sont comptés. Que sa vie n’est qu’un souffle. Il n’est qu’un passant, un hôte sur cette terre. Il prend conscience de ses erreurs, de son péché.

L’avenir s’est refermé devant lui. Il regarde en arrière et ses yeux s’ouvrent. Il comprend qu’il partage le destin de ses pères. Il n’y en pas d’autre qui soit donné à l’homme. Mais ce destin est-il vraiment si implacable ? Dieu n’est-il pas toujours là qui le regarde ? Si ce regard l’oppresse, il sait désormais où se tient le Salut. Elle est en Lui son espérance ! N’a-t-il pas su purifier son désir ? Il lui enlève ses péchés. Il le protège des injures des impies, ces fous !

Seigneur Jésus, dans ton abaissement volontaire à la Croix, tu nous montres le néant des puissances humaines, tu nous révèles un amour plus puissant que la mort (*).



* Cantique des cantiques, chapitre 8,
verset 6