Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Seigneur, corrige-moi sans colère
et reprends-moi sans violence.

Tes flèches m'ont frappé,
ta main s'est abattue sur moi.
Rien n'est sain dans ma chair sous ta fureur,
rien d'intact en mes os depuis ma faute.

Oui, mes péchés me submergent,
leur poids trop pesant m'écrase.
Mes plaies sont puanteur et pourriture :
c'est là le prix de ma folie.

Accablé, prostré, à bout de forces,
tout le jour j'avance dans le noir.
La fièvre m'envahit jusqu'aux moelles,
plus rien n'est sain dans ma chair.

Brisé, écrasé, à bout de forces,
mon coeur gronde et rugit.
Seigneur, tout mon désir est devant toi,
et rien de ma plainte ne t'échappe.

Le coeur me bat, ma force m'abandonne,
et même la lumière de mes yeux.
Amis et compagnons se tiennent à distance,
et mes proches, à l'écart de mon mal.


Ceux qui veulent ma perte me talonnent,
ces gens qui cherchent mon malheur ;
ils prononcent des paroles maléfiques,
tout le jour ils ruminent leur traîtrise.

Moi, comme un sourd, je n'entends rien,
comme un muet, je n'ouvre pas la bouche,
pareil à celui qui n'entend pas,
qui n'a pas de réplique à la bouche.

C'est toi que j'espère, Seigneur :
Seigneur mon Dieu, toi, tu répondras.
J'ai dit : «Qu'ils ne triomphent pas,
ceux qui rient de moi quand je trébuche ! »

Et maintenant, je suis près de tomber,
ma douleur est toujours devant moi.
Oui, j'avoue mon péché,
je m'effraie de ma faute.

Mes ennemis sont forts et vigoureux,
ils sont nombreux à m'en vouloir injustement.
Ils me rendent le mal pour le bien ;
quand je cherche le bien, ils m'accusent.

Ne m'abandonne jamais, Seigneur,
mon Dieu, ne sois pas loin de moi.
Viens vite à mon aide,
Seigneur, mon salut !

Frères du 28

Méditation

Frères du 28

Le temps de la maladie est pour beaucoup un temps de prière exceptionnel et le psaume 37 nous donne des mots pour dire beaucoup de choses à Dieu.
Tout d’abord le sentiment d’être abandonné, « qu’est ce que j’ai fait au bon Dieu pour avoir le cancer ? » et serais-je vraiment la proie d’une colère de Dieu dont la main s’est abattue sur moi ?
Peut être suis-je aussi un peu coupable de je ne sais quelle faute ou quelle erreur ?
Je suis dans le noir (*), sans force, brisé, écrasé, à bout.
Socialement, la maladie peut être une catastrophe. Nos proches s’éloignent (**) car elle fait peur. Ceux qui ne nous aiment pas pour toutes sortes de raisons sont tentés d’annoncer notre fin (***) et d’aggraver encore notre angoisse de la mort.

Que reste-t-il dans ce naufrage ? Le désir de vivre, le désir tout court qu’il faut mettre devant Dieu et la certitude que Dieu entend notre souffrance.
La non violence évangélique n’attend rien d’une vaine espérance de rendre coup par coup, mais elle attend tout de Dieu. Comme le dit Etty Hillesum une jeune juive qui découvre la prière juste avant de partir pour Auschwitz, « je dresse autour de moi les hauts murs de la prière et dans les bras de Dieu, j’échappe aux mains des SS ».
« Ne m’abandonne jamais Seigneur, ne sois pas loin de moi ». Parce que sur la croix, tu as connu la détresse de la souffrance et la crainte de la mort, tu es passé par là avant moi. Et parce que tu connais mon épreuve, tu es capable de me venir en aide : tu me caches au secret de ta face car c’est « entre tes mains que je remets mon esprit » . Je ne suis plus seul .



* verset 7
** verset 12
*** verset 13