Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Ne t'indigne pas à la vue des méchants,
n'envie pas les gens malhonnêtes ;
aussi vite que l'herbe, ils se fanent ;
comme la verdure, ils se flétrissent.

Fais confiance au Seigneur, agis bien,
habite la terre et reste fidèle ;
mets ta joie dans le Seigneur :
il comblera les désirs de ton coeur.

Dirige ton chemin vers le Seigneur,
fais-lui confiance, et lui, il agira.
Il fera lever comme le jour ta justice,
et ton droit comme le plein midi.

Repose-toi sur le Seigneur
et compte sur lui.
Ne t'indigne pas devant celui qui réussit,
devant l'homme qui use d'intrigues.

Laisse ta colère, calme ta fièvre,
ne t'indigne pas : il n'en viendrait que
du mal ;
les méchants seront déracinés,
mais qui espère le Seigneur possédera la terre.

Encore un peu de temps : plus d'impie ;
tu pénètres chez lui : il n'y est plus.
Les doux posséderont la terre
et jouiront d'une abondante paix.


L'impie peut intriguer contre le juste
et grincer des dents contre lui,
le Seigneur se moque du méchant
car il voit son jour qui arrive.

L'impie a tiré son épée, il a tendu son arc
pour abattre le pauvre et le faible, pour tuer l'homme droit.
Mais l'épée lui entrera dans le coeur,
et son arc se brisera.

Pour le juste, avoir peu de biens
vaut mieux que la fortune des impies.
Car le bras de l'impie sera brisé,
mais le Seigneur soutient les justes.

Il connaît les jours de l'homme intègre
qui recevra un héritage impérissable.
Pas de honte pour lui aux mauvais jours ;
aux temps de famine, il sera rassasié.

Mais oui, les impies disparaîtront
comme la parure des prés ;
c'en est fini des ennemis du Seigneur :
ils s'en vont en fumée.

L'impie emprunte et ne rend pas ;
le juste a pitié : il donne.
Ceux qu'il bénit posséderont la terre,
ceux qu'il maudit seront déracinés.

Sœur  Anne Lécu

Méditation

Sœur Anne Lécu

Les doux
Les doux, bien souvent, traversent l’existence à pas de loup.
On réalise qu’ils ne sont plus là, après coup, quand le bouquet de fleurs se fane sur la table, quand l’eau n’est plus changée, ni les rosiers taillés.

Les doux, qui sait, se relèvent peut-être la nuit, pour recouvrir ceux qui dorment de leur couverture qui a glissé, pour mettre de l’huile dans le gond de la porte, faire cuire la brioche du matin, ou encore essuyer une larme secrète, consoler un sanglot réprimé dans le froid ?

Les doux parfois sont durs, quand il s’agit de trancher entre ce qui nourrit la vie et ce qui la pourrit. Ils sont alors sans concession. Leur parole tranche. On dira qu’ils sont durs, qu’ils ne savent pas négocier, qu’il faut prendre des gants.

Ils savent pourtant qu’il n’en est rien et que certaines situations ne peuvent pas se dénouer autrement. Leur douceur est secrète, dans la douleur qu’ils éprouvent à percevoir ce que d’autres ne voient pas.

La terre est leur domaine, et le corps, et le pain. Le plus infime.
Ils parlent peu, mais ils sont là.
Ils sont là, quand il faut laver le sol, préparer le repas et le linge, soigner la terre.
Ils sont là, quand il faut panser une plaie, rire un bon coup, acheter du pain pour la voisine ou conduire un ami à la gare.
Ils sont là, à l’heure de la naissance et à l’heure de la mort, entre langes et linceuls, de la crèche à la croix, du berceau au tombeau.
Ils sont là.
Leur prière est un souffle, une respiration, un secret.
Elle supporte le monde et le dépose entre les mains de Dieu.