Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Quand le Seigneur conduit les pas de l'homme,
ils sont fermes et sa marche lui plaît.
S'il trébuche, il ne tombe pas
car le Seigneur le soutient de sa main.

Jamais, de ma jeunesse à mes vieux jours,
je n'ai vu le juste abandonné ni ses enfants mendier leur pain.
Chaque jour il a pitié, il prête ;
ses descendants seront bénis.

Évite le mal, fais ce qui est bien,
et tu auras une habitation pour toujours,
car le Seigneur aime le bon droit,
il n'abandonne pas ses amis.

Ceux-là seront préservés à jamais,
les descendants de l'impie seront déracinés.
Les justes posséderont la terre
et toujours l'habiteront.

Les lèvres du juste redisent la sagesse
et sa bouche énonce le droit.
La loi de son Dieu est dans son coeur ;
il va, sans craindre les faux pas.


Les impies guettent le juste,
ils cherchent à le faire mourir.
Mais le Seigneur ne saurait l'abandonner
ni le laisser condamner par ses juges.

Espère le Seigneur,
et garde son chemin :
il t'élèvera jusqu'à posséder la terre ;
tu verras les impies déracinés.

J'ai vue l'impie dans sa puissance
se déployer comme un cèdre vigoureux.
Il a passé, voici qu'il n'est plus ;
je l'ai cherché, il est introuvable.

Considère l'homme droit, vois l'homme intègre :
un avenir est promis aux pacifiques.
Les pécheurs seront tous déracinés,
et l'avenir des impies, anéanti.

Le Seigneur est le salut pour les justes,
leur abri au temps de la détresse.
Le Seigneur les aide et les délivre,
il les délivre de l'impie, il les sauve,
car ils cherchent en lui leur refuge.

Sœur Véronique Margron

Méditation

Sœur Véronique Margron

Au livre de Job : « Comment se fait-il que les méchants vivent, arrivent à un âge avancé et croissent même en puissance ? Leur postérité est établie devant eux, auprès d’eux, et leurs descendants sous leurs yeux. Ils passent leurs jours dans le bonheur… Et cependant ils disaient à Dieu : Retire-toi de nous ; nous ne nous soucions pas de connaître tes voies»  (*).

Comment croire le psalmiste, alors que mon cœur bat avec Job ? Car là est la tragique énigme pour tant de pauvres comme de défenseurs de la justice et de la paix. Pour beaucoup de ceux que j’aime, aussi. Chacun, nous pouvons, nous devons, reprendre la protestation de Job et la porter devant Dieu. Peut-être entendra-t-il enfin ?

Écoutons le philosophe S. Kierkegaard écrire, comme pour lui-même : « Job, tu fus le témoin fidèle de toute les détresses et de tous les déchirements du cœur, le porte-parole osant se plaindre “dans l’amertume du cœur” et contester avec Dieu. J’ai besoin de toi, j’ai besoin d’un homme qui sache se plaindre à pleine voix… Parle, élève la voix, parle fort . » Alors oui, parlons, élevons la voix. Portons la clameur de ceux qui n’ont plus même cette force.

Éviter le mal, c’est déjà le dénoncer, ouvrir les yeux. Car le pire mal est de ne pas le voir. Y compris en nous. Alors faire tout notre possible. Non pour vivre longtemps, ni même heureux. Juste par refus de devenir des brutes, et pour t’aimer toi, Seigneur. Un mal que tu as pris en ta chair et qui est pourtant toujours là. Ta croix annonce qu’un jour enfin ce mal sera vaincu. Ouvrir nos cœurs, et croire à cela, en espérance.



* chapitre 21, versets 7 à 9, puis 13