Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Accuse, Seigneur, ceux qui m'accusent,
attaque ceux qui m'attaquent.
Prends une armure, un bouclier,
lève-toi pour me défendre.

Brandis la lance et l'épée
contre ceux qui me poursuivent.
Parle et dis-moi :
« Je suis ton salut. »

Qu'ils soient humiliés, déshonorés,
ceux qui s'en prennent à ma vie !
Qu'ils reculent, couverts de honte,
ceux qui veulent mon malheur !

Qu'ils soient comme la paille dans le vent
lorsque l'ange du seigneur les balaiera !
Que leur chemin soit obscur et glissant
lorsque l'ange du Seigneur les chassera !

Sans raison ils ont tendu leur filet,
et sans raison creusé un trou pour me perdre.
Qu'un désastre imprévu les surprenne,
qu'ils soient pris dans le filet qu'ils ont caché,
et dans ce désastre, qu'ils succombent !

Pour moi, le Seigneur sera ma joie,
et son salut, mon allégresse !

De tout mon être, je dirai :
« Qui est comme toi, Seigneur,
pour arracher un pauvre à plus fort que lui,
un pauvre, un malheureux, à qui le dépouille. »

Des témoins injustes se lèvent,
des inconnus m'interrogent.
On me rend le mal pour le bien :
je suis un homme isolé.

Quand ils étaient malades,
je m'habillais d'un sac,
je m'épuisais à jeûner ;
sans cesse, revenait ma prière.

Comme pour un frère, un ami,
j'allais et venais ;
comme en deuil de ma mère,
j'étais sombre et prostré.


Si je faiblis, on rit, on s'attroupe,
des misérables s'attroupent contre moi :
des gens inconnus
qui déchirent à grands cris.

Ils blasphèment, ils me couvrent de sarcasmes,
grinçant des dents contre moi.

Comment peux-tu voir cela, Seigneur ?
Tire ma vie de ce désastre, délivre-moi de ces fauves.

Je te rendrai grâce dans la grande assemblée,
avec un peuple nombreux, je te louerai.

Qu'ils n'aient plus à rire de moi,
ceux qui me haïssent injustement !
Et ceux qui me détestent sans raison,
qu'ils cessent leurs clins d'oeil !

Ils n'ont jamais une parole de paix,
ils calomnient les gens tranquilles du pays.
La bouche large ouverte contre moi,
ils disent : « Voilà, nos yeux l'ont vu ! »

Tu as vu, Seigneur, sors de ton silence !
Seigneur, ne sois pas loin de moi !
Réveille-toi, lève-toi, Seigneur mon Dieu,
pour défendre et juger ma cause !

Juge-moi, Seigneur mon Dieu, selon ta justice :
qu'ils n'aient plus à rire de moi !
Qu'ils ne pensent pas : « Voilà, c'en est fait ! »
Qu'ils ne disent pas : « Nous l'avons englouti ! »

Qu'ils soient tous humiliés, confondus,
ceux qui riaient de mon malheur !
Qu'ils soient déshonorés, couverts de honte,
tous ceux qui triomphaient !

A ceux qui voulaient pour moi la justice,
rires et cris de joie !
Ils diront sans fin : « Le Seigneur triomphe,
lui qui veut le bien de son serviteur. »

Moi, je redirai ta justice
et chaque jour ta louange.

Frère Franck Dubois

Méditation

Frère Franck Dubois

Oui, Seigneur, j’ai la liste. Elle est là dans mon cœur, elle est longue et elle saigne. La liste de tous ceux qui m’accusent et m’attaquent. La liste de ceux dont je n’ose jamais te parler. Car, l’avouerai-je ? Je ne les aime pas. Je ne peux pas les aimer. Ils m’ont trahi. Ils m’ont tué. Alors je les oublie. Mais ils reviennent sans-cesse hanter mes souvenirs. Je ne serais en paix sans régler cette dette. Je voudrais faire un sort à tous ceux qui m’ont fait tant de mal.
Plus longue encore est la liste du mal que je leur souhaite. Autant que je te le dise : à toi, je n’ai rien à cacher. J’ai honte – Ô Dieu que j’ai honte – de désirer ce mal. Mais enfin, c’est ainsi, il fallait que je parle, car la haine sinon m’aurait consumé tout à fait.
Je te parle, Grand Dieu, mais pour que tu me répondes. Ce n’est plus l’autre, ce moi trop lisse, qui fait mine de prier. Ce n’est plus l’autre, trop belle image, que j’envoie devant toi. Il n’y a plus de masque, tu me vois comme je suis. C’est moi, désarmé, dans ma haine violente. C’est moi, pauvre homme, prisonnier de rancunes. C’est moi, qui n’ai pas su respecter ton commandement, le seul, l’unique : « Aimez ! »
Peut-être cet aveu te fera-t-il fléchir.
« Tu es franc – me diras-tu – et j’aime ta franchise. Me confies-tu le mal que tu voudrais leur faire ? » « Je te le donne Seigneur »
Alors tu répondras, et c’est mon seul espoir :
« Le mal, je le prends, car ma Miséricorde vaut toute ta colère ! »