Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Ce Dieu a des chemins sans reproche,
la parole du Seigneur est sans alliage,
il est un bouclier pour qui s'abrite en lui.

Qui est Dieu, hormis le Seigneur ?
le Rocher, sinon notre Dieu ?
C'est le Dieu qui m'emplit de vaillance
et m'indique un chemin sans reproche.

Il me donne l'agilité du chamois,
il me tient debout sur les hauteurs,
il exerce mes mains à combattre
et mon bras, à tendre l'arc.

Par ton bouclier tu m'assures la victoire,
ta droite me soutient, ta patience m'élève.
C'est toi qui allonges ma foulée
sans que faiblissent mes chevilles.

Je poursuis mes ennemis, je les rejoins,
je ne reviens qu'après leur défaite ;
je les abats : ils ne pourront se relever ;
ils tombent : les voilà sous mes pieds.

Pour le combat tu m'emplis de vaillance ;
devant moi tu fais plier mes agresseurs.
Tu me livres des ennemis en déroute ;
j'anéantis mes adversaires.


Ils appellent ? pas de sauveur !
le Seigneur ? pas de réponse !
J'en fais de la poussière pour le vent,
de la boue qu'on enlève des rues.

Tu me libères des querelles du peuple,
tu me places à la tête des nations.
Un peuple d'inconnus m'est asservi :
au premier mot, ils m'obéissent.

Ces fils d'étrangers se soumettent ;
ces fils d'étrangers capitulent :
en tremblant ils quittent leurs bastions.

Vive le Seigneur ! Béni soit mon Rocher !
Qu'il triomphe, le Dieu de ma victoire,
ce Dieu qui m'accorde la revanche,
qui soumet à mon pouvoir les nations !

Tu me délivres de tous mes ennemis,
tu me fais triompher de l'agresseur,
tu m'arraches à la violence de l'homme.

Aussi, je te rendrai grâce parmi les peuples,
Seigneur, je fêterai ton nom.
Il donne à son roi de grandes victoires,
il se montre fidèle à son messie,
à David et sa descendance, pour toujours.

Frère Franck Dubois

Méditation

Frère Franck Dubois

« Pour le combat, tu m’emplis de vaillance »

Suis-je fait pour le combat ? Pourquoi le Seigneur m’imagine-t-il à tout prix en guerrier ? Je n’ai pas vocation à poursuivre l’ennemi – en ai-je seulement – ? Il y a erreur de casting : ce psaume n’est pas le mien. Il est daté, dangereux. Je rends les armes, sans les avoir usées.
Certes, je le sais : l’injustice court les rues, le mal ronge les hommes. La maladie continue de tuer, la misère, la solitude… Ce chapelet de malheurs : il suffit d’ouvrir les yeux, tout cela est devant moi. Il y aurait tant à faire. Je l’avoue : c’est le courage qui me manque. Voilà, c’est cela : je ne veux pas combattre. Pas pour les autres ; pour moi c’est déjà si difficile. Je n’en ai ni la force ni le temps. Qu’ils prennent la relève : les idéalistes, les militants, les orateurs publics ; moi je bafouille, je doute. Ils pourraient soulever une foule, j’ai déjà bien du mal à me lever !
Ou alors il faudrait… qu’un autre combatte pour moi. Qu’on lutte en moi pour libérer tout au fond, ma révolte endormie. Vivre, c’est crier parfois. Depuis longtemps, je ne crie plus. Pourtant, cela me ronge de l’intérieur : « Il n’y a rien à faire, à quoi bon ? » La tiédeur me tient, ma fougue m’a fui : l’amertume amère des illusions perdues.
Il n’y a que Dieu qui pourrait réveiller ma colère, la colère de l’homme révolté par le mal. Qu’il me donne l’ardeur du guerrier, la fougue de la jeunesse. Vivre, c’est se battre. Délivre-nous du mal, et prends-moi dans ta lutte. C’est un feu, n’est-ce pas, que tu allumes sur terre !