Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Seigneur, entends ma prière ;
dans ta justice écoute mes appels,
dans ta fidélité réponds-moi.
N'entre pas en jugement avec ton serviteur :
aucun vivant n'est juste devant toi.

L'ennemi cherche ma perte,
il foule au sol ma vie ;
il me fait habiter les ténèbres
avec les morts de jadis.
Le souffle en moi s'épuise,
on coeur au fond de moi s'épouvante.

Je me souviens des jours d'autrefois,
je me redis toutes tes actions,
sur l'oeuvre de tes mains je médite.
Je tends les mains vers toi,
me voici devant toi comme une terre assoiffée.

Vite, réponds-moi, Seigneur :
je suis à bout de souffle !
Ne me cache pas ton visage :
je serais de ceux qui tombent dans la fosse.


Fais que j'entende au matin ton amour,
car je compte sur toi.
Montre-moi le chemin que je dois prendre :
vers toi, j'élève mon âme !

Délivre-moi de mes ennemis, Seigneur :
j'ai un abri auprès de toi.
Apprends-moi à faire ta volonté,
car tu es mon Dieu.
Ton souffle est bienfaisant :
qu'il me guide en un pays de plaines.

Pour l'honneur de ton nom, Seigneur, fais-moi vivre ;
à cause de ta justice, tire-moi de la détresse.
A cause de ton amour, tu détruiras mes ennemis ;
tu feras périr mes adversaires, car je suis ton serviteur.

Frère Pascal Marin

Méditation

Frère Pascal Marin

Il est des moments dans la vie où on est « au bord de la tombe », soit réellement, soit dans ce que l’on ressent, par grande fatigue, sentiment d’épuisement, lassitude extrême. Le psalmiste semble se trouver dans cette situation. C’est la prière d’un homme au bord de la tombe : « Le souffle en moi s’épuise, je suis à bout de souffle » (*) Le paysage qui l’environne est sombre. Fermé, sans horizons. Il se croit traqué : « On cherche ma perte, on foule au sol ma vie. » Il se voit dévalorisé, renvoyé dans le passé, obsolète, comme déjà mort : « On me fait habiter les ténèbres avec les morts de jadis. » Il se sent coupable : « Aucun vivant n’est juste devant Dieu. » Il touche le fond de la détresse : « Mon cœur au fond de moi s’épouvante. » Mais il prie !

Sa détresse, il en fait un appel, il la confie peu à peu à la mémoire et à l’attente du Seigneur. La mémoire de ce qu’Il a fait pour lui, l’attente de ce qu’Il va faire encore pour lui. Et voilà petit à petit le souffle qui revient : « Ton souffle est bienfaisant. » (**)
Et l’âme à terre, plus bas que terre, déjà dans la fosse, s’élève : « Vers toi, j’élève mon âme. » L’horizon s’éclaircit : « Ton souffle me guide en un pays de plaines. » Il n’est plus seul, souffle court, enfermé dans l’échec. Toute proche, une Présence. Elle est vivante, elle aime, elle est fidèle, elle protège. S’ouvre pour lui à nouveau un chemin ; un désir ; son cœur, une « terre assoiffée » ! Après des nuits au bord et dans la fosse, oui, il vivra de la Présence : « Fais que j’entende au matin ton amour ! » (***)



* versets 4 et 7
** verset 10
*** verset 8