Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Seigneur, je t'appelle : accours vers moi !
Écoute mon appel quand je crie vers toi !
Que ma prière devant toi s'élève comme un encens,
et mes mains, comme l'offrande du soir.

Mets une garde à mes lèvres Seigneur,
veille au seuil de ma bouche.
Ne laisse pas mon coeur pencher vers le mal
ni devenir complice des hommes malfaisants.

Jamais je ne goûterai leurs plaisirs :
que le juste me reprenne et me corrige avec bonté.
Que leurs parfums, ni leurs poisons, ne touchent ma tête !
Ils font du mal : je me tiens en prière.


Voici leurs juges précipités contre le roc,
eux qui prenaient plaisir à m'entendre dire ;
« Comme un sol qu'on retourne et défonce,
nos os sont dispersés à la gueule des enfers ! »

Je regarde vers toi, Seigneur, mon Maître ;
tu es mon refuge : épargne ma vie !
Garde-moi du filet qui m'est tendu,
des embûches qu'ont dressées les malfaisants.

Les impies tomberont dans leur piège ;
seul, moi, je passerai.

Sœur Véronique Margron

Méditation

Sœur Véronique Margron

En chacun se tient une pente fragile, là où nous pouvons pencher vers le mal. Comment reconnaître ces circonstances de la vie où monter la garde demande plus de veille, d’attention ?
Le priant répond : ce n’est pas possible seul. Pas sans en appeler à mon Dieu qui écoute mon appel quand je fais monter vers lui ma supplication.
Pour espérer ne pas céder au mal, il me faut pouvoir être sûre de la parole qui fait vivre, l’avoir goûtée dans ma chair. Elle qui dit la vérité de mon être et ne peut tricher.
Goûter en sa chair la parole qui construit du sens pour ma vie, qui lui offre un orient. Le contraire de ce que fait le serpent (*) qui sème le trouble sur qui est Dieu. Il veut faire croire à un dieu jaloux de sa place. Un dieu sadique qui donne du pouvoir à l’homme mais lui refuserait de l’exercer.

Ne pas céder au tentateur, qui est aussi une part de nous-même, demande d’éduquer et d’entraîner notre oreille. Car l’ouïe est un sens fragile. Nous pouvons douter de ce que nous avons entendu. Voir paraît plus rassurant : on croit toucher. C’est pourtant par l’écoute que nous devenons des humains. Celle qui nous rend attentifs à l’autre : l’enfant qui pleure, la femme apeurée, l’homme inquiet. L’écoute de ce qui ne trouve pas le chemin des mots pour se dire, mais est bien là et se pressent dans le soin de la relation. Écoute silencieuse et priante du cri du monde.
En ce temps de Noël qui s’achève, où le Verbe s’est fait chair, venons écouter une naissance radicalement neuve. Elle nous propose de ne pas repartir - à l’instar des mages - par le même chemin. Mais d’ouvrir un nouveau passage, arrimés les uns avec les autres à sa parole de vie.



* Livre de la Genèse, chapitre 3