Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Au bord des fleuves de Babylone
nous étions assis et nous pleurions,
nous souvenant de Sion ;
aux saules des alentours
nous avions pendu nos harpes.

C'est là que nos vainqueurs
nous demandèrent des chansons,
et nos bourreaux, des airs joyeux :
« Chantez-nous, disaient-ils,
quelque chant de Sion. »

Comment chanterions-nous
un chant du Seigneur
sur une terre étrangère ?
Si je t'oublie, Jérusalem,
que ma main droite m'oublie !


Je veux que ma langue
s'attache à mon palais
si je perds ton souvenir,
si je n'élève Jérusalem
au sommet de ma joie.

Souviens-toi, Seigneur,
des fils du pays d'Edom,
et de ce jour à Jérusalem
où ils criaient : « Détruisez-la,
détruisez-la de fond en comble ! »

O Babylone misérable,
heureux qui te revaudra
les maux que tu nous valus ;
heureux qui saisira tes enfants,
pour les briser contre le roc !

Frère Pascal Marin

Méditation

Frère Pascal Marin

Exilés à Babylone, les survivants d’Israël ont placé dans Jérusalem, la ville sainte, l’immense nostalgie de leur nation perdue. Ils ont mis en elle toutes leurs espérances de libération et de retour en terre d’Israël. Jérusalem, « le sommet de leur joie » ! Dans le silence de la prière, le psalmiste entend des pleurs revenus du bord des fleuves de Babylone. Il a vu cette scène ou bien l’un de ses parents la lui a racontée. Mais à quoi bon réveiller la mémoire de ces heures douloureuses ? Est-ce pour raviver les humiliations d’autrefois ? « Chantez-nous, disaient-ils, quelque chant de Sion. » Est-ce pour infecter de haine des plaies encore à vif ? Veut-il demander à Dieu vengeance pour les immenses souffrances de son peuple ? Le ressentiment n’est sans doute pas encore éteint et il vient envahir de son trouble la paix de la prière.

Mais le pardon est à l’œuvre, qui fait tomber peu à peu le ressentiment dans l’oubli, car au centre du souvenir, ce n’est pas la haine qui revient, c’est Jérusalem, au sommet de la joie. Et s’il lui faut retourner là-bas en mémoire, c’est bien d’abord pour retrouver cette force qu’il y a à placer en une Jérusalem spirituelle, le sommet de sa joie.

Il est arrivé aussi à Jésus de tressaillir de joie sous l’action du Saint-Esprit. Mais ce n’est pas en Jérusalem, la ville qui tue ses prophètes, qu’il a exulté alors, c’est dans son Père céleste. Par le Saint-Esprit, il nous arrive à nous aussi d’exulter d’une joie sainte. Elle nous fait entrer dans la louange du Dieu saint.