Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Vers toi j'ai les yeux levés,
vers toi qui es au ciel.

Comme les yeux de l'esclave vers
la main de son maître,
comme les yeux de la servante
vers la main de sa maîtresse,
nos yeux, levés vers le Seigneur notre Dieu,
attendent sa pitié.


Pitié pour nous, Seigneur, pitié pour nous :
notre âme est rassasiée de mépris.

C'en est trop,
nous sommes rassasiés
du rire des satisfaits,
du mépris des orgueilleux !

Sœur Véronique Margron

Méditation

Sœur Véronique Margron

À chaque heure, supplier ainsi. Comme une dernière parole adressée, avant un silence qui tuerait sûrement, un silence de mort.
Une supplication qui prend avec elle les milliers de Philippins victimes du typhon, meurtrier de masse. Un champ de ruine. Comme après une guerre totale. La guerre des éléments, combat insensé, perdu d’avance.
Supplier encore. Dire mon incompréhension. Je sais bien que mon Dieu n’y est pour rien. La force de la nature n’a pas de rapport avec la sienne. Mon Dieu n’est pas dans l’ouragan (*). Mon Dieu a les yeux de chaque victime, car c’est la condition de l’homme bafoué en son humanité qu’il prend. Car tous ces enfants de Dieu philippins souffrent et meurent aussi de par la faute des forts et des corrompus. Leurs maisons n’étaient pas de vrais abris pour la vie, pour établir une demeure en sécurité pour les siens. Juste des tôles ondulées qui ne protégeaient de rien.

Au nom de l’aveuglement volontaire de ceux qui décident que pour préserver leur tranquillité et leur luxe indécent, la plus grande part des humains doit vivre dans des conditions d’infra-humanité. Si nous pleurons devant le déchaînement de la nature, nous sommes en colère devant les conditions de vie qui exposent des peuples entiers à se trouver nus devant la violence folle des éléments.
L’adresse des prophètes : « qu’as-tu fait du pauvre, de la veuve, de l’orphelin et de l’étranger qui vivent sur ta terre ? » (**), cette adresse est toujours là. Elle se heurte au même désarroi de nos cœurs impuissants devant le malheur absolu. Alors, au moins ne pas oublier. Supplier et supplier sans relâche. Pour ceux qui n’en n’ont plus la force, ou ont perdu tout espoir qu’un jour une réponse leur soit adressée. Supplier et agir, chacun selon son possible.
La Croix du Christ est l’abri de notre détresse.



* Premier livre des Rois, chapitre 19,
verset 11
** Livre d’Isaïe, Amos, Jérémie…