Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Combien de temps, Seigneur, vas-tu m'oublier,
Combien de temps, me cacher ton visage ?
Combien de temps aurai-je l'âme en peine
et le coeur attristé chaque jour ?
Combien de temps mon ennemi sera-t-il le plus fort ?

Regarde, réponds-moi, Seigneur mon Dieu !
Donne la lumière à mes yeux,
garde-moi du sommeil de la mort ;
que l'adversaire ne crie pas : « Victoire ! »
que l'ennemi n'ait pas la joie de ma défaite !

Moi, je prends appui sur ton amour ;
que mon coeur ait la joie de ton salut !
Je chanterai le Seigneur pour le bien qu'il m'a fait.


Frère Franck Dubois

Méditation

Frère Franck Dubois

« Regarde, réponds-moi »

Je n’aime pas mon miroir. Cette satanée glace au matin qui renvoie mon visage. Je le connais par cœur, et aujourd’hui il m’écœure. Il est triste, bien trop triste ce masque que je porte. La vieillesse le ronge, la fatigue a miné mon front jadis si pur. Et les coups reçus, en ce combat que fut ma vie dessinent sur mes joues comme une méchante grimace. Mon passé me poursuit jusque dans la salle de bain. Une journée plombée par ce constat morose.
Je croyais pourtant et je sais que mon visage fut sculpté sur le plus beau modèle. Celui de l’homme-Dieu, qui vint sauver le monde. Celui de l’homme doux qui peut combler les pauvres. Celui de l’homme bon qui confondra tout mal. Ce matin, je voudrais tant voir un peu de cette beauté cachée dans mon visage. Mais ma glace, obstinément ne parle que de moi. Et je me connais trop, ou du moins je le crois…

Soudain une voie, jaillissant de mon cœur : « Regarde encore ! »
Etait-ce Lui ? Je ne sais, mais j’ai dit : « Donne la lumière à mes yeux, pour voir comme tu me vois. » Me voir, ce matin, comme il me vit au premier jour. Me voir comme il me voit, avec le bien immense que je voudrais tant faire. Me voir avec sa tendresse, et surtout sa confiance. Voir enfin cet avenir qu’il voudrait tant pour moi. Une mission unique à laquelle il m’appelle. Me souvenir du projet incroyable que Dieu formula à mon sujet le jour où pour la première fois, me regardant il m’aima. Me voir comme un avenir, voir en moi une promesse et non pas une histoire. Tout serait-il encore possible ?
Et soudain, dans la glace, Son visage m’a souri.