Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Dans ma détresse, j'ai crié vers le Seigneur,
et lui m'a répondu.
Seigneur, délivre-moi de la langue perfide,
de la bouche qui ment.

Que t'infliger, ô langue perfide,
qu'ajouter encore ?
La flèche meurtrière du guerrier,
et la braise des genêts.

Malheur à moi : je dois vivre en exil
et camper dans un désert !

Trop longtemps, j'ai vécu parmi ces gens
qui haïssent la paix.
Je ne veux que la paix, mais quand je parle,
ils cherchent la guerre.





Frère Franck Dubois

Méditation

Frère Franck Dubois

Tout est dit, au début: «Et lui m’a répondu.» La réponse, assurée, certaine, avant mon cri. La réponse est acquise avant d’avoir tiré du profond de moi-même une flèche aiguisée. Ma prière c’est la guerre, un combat terrassant. Une guerre de mots, qui s’empoignent en moi-même, un effort incessant pour museler ces voix qui assèchent mon cœur et désolent mon âme. Elle est large la pente où ces pensées m’entraînent: «le monde est ton ennemi», voilà toute leur ruse ! «Regarde bien ces gens, ils ne cherchent qu’à détruire, ils te traquent, t’épient, ils en veulent à ta peau.» Le doute et la méfiance me conduisent à l’attaque: je frapperai d’abord! Qui sait si l’adversaire demain était plus fort ?

Ces voix font de ma vie comme un camp retranché, exilé de moi-même, je campe loin de mon cœur, perdu dans les déserts insensés de ma peur. Trop longtemps j’ai vécu dans un pays sauvage où la violence aveugle avait raison de tout. J’en ai construit de murs. Et je me suis bâti, sans savoir, une prison. Le mal était en moi, je le croyais ailleurs.
L’issue sera le ciel. Je n’ai pas d’autre choix. L’issue sera là-haut j’y tirerai la flèche. L’issue sera le cri jailli de cette cage dont nulle main humaine ne me sortira plus. Je suis au pied du mur, enfermé en moi-même. Mon Dieu, libère-moi. Ma flèche est pour ton cœur, je le veux transpercer pour qu’il m’ouvre à l’amour. Je me veux prisonnier de ta vie pour toujours.