Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Usé par l'attente du salut,
j'espère encore ta parole.
L'oeil usé d'attendre tes promesses,
j'ai dit : « Quand vas-tu me consoler ? »
Devenu comme une outre durcie par la fumée,
je n'oublie pas tes commandements.
Combien de jours ton serviteur vivra-t-il ?
quand jugeras-tu mes persécuteurs ?
Des orgueilleux ont creusé pour moi une fosse
au mépris de ta loi.
Tous tes ordres ne sont que fidélité ;
mensonge, mes poursuivants : aide-moi !
Ils ont failli m'user, me mettre à terre :
je n'ai pas abandonné tes préceptes.
Fais-moi vivre selon ton amour :
j'observerai les décrets de ta bouche.


Frère Franck Dubois

Méditation

Frère Franck Dubois

Donne-moi Seigneur la peau dure. La peau noircie de ceux qui ont peiné tout le jour au soleil, fidèles à leur travail, que rien n’arrêtera. La peau durcie de qui sème puis récolte après avoir bêché son champ toute l’année. La peau épaisse de celui qui sculpte de ses mains un outil, un objet, et qui en mille gestes simples a donné à l’ouvrage la précise beauté et la juste mesure que l’artisan expert imprime à la matière. La peau impénétrable du plus humble ouvrier qui n’a que ses deux bras pour gagner son salaire.
Donne-moi Seigneur la peau fatiguée de la mère fidèle ayant bercé cent fois ses enfants dans ses bras, infatigable femme veillant sur son foyer. La peau ridée de ceux que l’âge a oublié, penchés sur de vieux livres,

ils veulent apprendre encore, se rassasier de mots, embrasser tous les arts, étreindre la sagesse à force de scruter dans l’univers entier les traces de ta gloire. La peau des bienheureux, intacts aux tombeaux, qui attendent dans la mort qu’un matin tu reviennes pour relever les corps de tous ceux qui dormaient.
Seigneur, donne-moi de ta chair lacérée par les coups, usée par tes voyages, la force et puis la grâce de me tenir debout. Donne-moi par ton corps usé pour le Salut, crucifié sur le bois, élevé dans la gloire, de traverser sans crainte l’épreuve qu’est la vie. C’est ta peau, ô Jésus, que je veux revêtir, pour protéger au fond de mon être fragile ce cœur si vulnérable que tu y as placé. Un cœur tendre, Seigneur, sous cette peau revêche.