Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Alléluia !

Quand Israël sortit d'Égypte,
et Jacob, de chez un peuple étranger,
Juda fut pour Dieu un sanctuaire,
Israël devint son domaine.

La mer voit et s'enfuit,
le Jourdain retourne en arrière.
Comme des béliers, bondissent les montagnes,
et les collines, comme des agneaux.


Qu'as-tu, mer, à t'enfuir,
Jourdain, à retourner en arrière ?
Montagnes, pourquoi bondir comme des béliers,
collines, comme des agneaux ?

Tremble, terre, devant le Maître,
devant la face du Dieu de Jacob,
lui qui change le rocher en source
et la pierre en fontaine !

Frère Philippe Verdin

Méditation

Frère Philippe Verdin

Si les collines bondissent comme des agneaux, à plus forte raison devons-nous bondir et danser de joie quand le Seigneur passe ! Le roi David a dansé, sauté et tourbillonné quand l’arche de Dieu est entrée dans sa ville (*). Nos célébrations sont souvent un peu trop compassées. Bien sûr il y a un temps pour tout. Le temps du Carême ou le temps du deuil pour se recueillir et prier gravement, mais aussi le temps de Pâques et le dimanche pour sauter de joie. Quand Dieu est là, quand l’Esprit Saint s’empare de nous, on devrait avoir envie de chanter et de danser, de bondir et de faire des pirouettes. Quand on a la chance de vivre dans une communauté de croyants qui partagent le même amour et qui se portent les uns les autres dans la prière et la communion des saints, qui boivent le même vin de liesse et rompent ensemble le pain de la vie, la joie et l’allégresse devraient être capables de repousser pour un moment les soucis et les peines.

La joie est un don de l’Esprit Saint. Il y a une joie grave, celle du Jeudi Saint et du dernier repas des moines de Tibhirine et il y a la joie un peu folle des Apôtres au soir de la Pentecôte. C’est la joie des naufragés qui voient enfin la chaloupe des secours souquer vers eux. C’est la joie des chrétiens sur le radeau du monde qui voient venir vers eux la voile de plein vent avec le Christ dans la barque. C’est la joie de Pierre au bord du lac qui se jette à l’eau quand il reconnaît Jésus sur le rivage (**). La messe devrait réserver un moment de joie partagée, entre le sérieux du sacrifice et la concentration à l’écoute des textes.
Que l’Esprit Saint nous offre dès maintenant la joie des bienheureux, ces saints qui dansent et bondissent au paradis dans les tableaux de Fra Angelico.



* deuxième livre de Samuel, chapitre 6, verset 16.
** Évangile selon saint Jean, chapitre 21, verset 7