Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Dieu de ma louange,
sors de ton silence !

La bouche de l'impie, la bouche du fourbe,
s'ouvrent contre moi :
ils parlent de moi pour dire des mensonges ;
ils me cernent de propos haineux,
ils m'attaquent sans raison.

Pour prix de mon amitié, ils m'accusent,
moi qui ne suis que prière.
Ils me rendent le mal pour le bien,
ils paient mon amitié de leur haine.

« Chargeons un impie de l'attaquer :
qu'un accusateur se tienne à sa droite.
A son procès, qu'on le déclare impie,
que sa prière soit comptée comme une faute.


« Que les jours de sa vie soient écourtés,
qu'un autre prenne sa charge.
Que ses fils deviennent orphelins,
que sa femme soit veuve.

« Qu'ils soient errants, vagabonds, ses fils,
qu'ils mendient, expulsés de leurs ruines.
Qu'un usurier saisisse tout son bien,
que d'autres s'emparent du fruit de son travail.

« Que nul ne lui reste fidèle,
que nul n'ait pitié de ses orphelins.
Que soit retranchée sa descendance,
que son nom s'efface avec ses enfants.

« Qu'on rappelle au Seigneur les fautes de ses pères,
que les péchés de sa mère ne soient pas effacés.
Que le Seigneur garde cela devant ses yeux,
et retranche de la terre leur mémoire ! »

Frère Philippe Verdin

Méditation

Frère Philippe Verdin

Voilà que le psalmiste appelle la vengeance de Dieu sur ses ennemis ! Psaume imprécatoire, qui voue aux enfers dès ici-bas l’adversaire tortueux. Que ce salopard obtienne ce qu’il mérite ! Que Dieu me fasse justice ! Nous sommes mal à l’aise avec ce psaume. Tellement gênés que les moines, les religieuses et les curés l’ont gommé du bréviaire, leur livre de prières. On voudrait un psautier qui ne parle que de louanges et d’amour. On aimerait bien expurger les textes des ferments de violence et de vengeance. On voudrait une religion pure, tendre, miséricordieuse. Mais ce ne serait plus alors la religion de l’incarnation. S’il y a dans l’homme une grande aspiration à l’amour et à la paix, il y a aussi dans l’homme cet instinct de violence, la jalousie et le goût du sang. Si la Bible ne faisait pas écho de ces pulsions sanguinaires, elle serait un joli livre de morale lénifiante mais pas le livre du dialogue de Dieu avec l’homme et de l’homme avec Dieu.


La Bible, la liturgie, la prière nous servent de catharsis pour faire sortir de notre cœur nos colères, nos plaintes, notre soif de vengeance. La liturgie, la prière nous purgent de notre haine, à condition qu’elle soit exprimée. Et l’oreille de Dieu reçoit notre cri, notre rage. Elle accueille tout pour nous guérir, pour transformer notre cœur dur en cœur de chair.
Si la Bible est le réceptacle de la violence des hommes, ce n’est pas pour la légitimer, mais pour la transformer. N’ayons pas peur de confier à Dieu, comme le psalmiste et avec ses mots, notre ressentiment et notre rancœur. La grâce de Dieu vient alors nous apaiser et nous convertir. C’est le miracle de la présence de Dieu qui nous rend meilleurs.