Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Alléluia !

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !

Ils le diront, les rachetés du Seigneur,
qu'il racheta de la main de l'oppresseur,
qu'il rassembla de tous les pays,
du nord et du midi, du levant et du couchant.

Certains, embarqués sur des navires,
occupés à leur travail en haute mer,
ont vu les oeuvres du Seigneur
et ses merveilles parmi les océans.

Il parle, et provoque la tempête,
un vent qui soulève les vagues :
portés jusqu'au ciel, retombant aux abîmes,
ils étaient malades à rendre l'âme ;
ils tournoyaient, titubaient comme des ivrognes :
leur sagesse était engloutie.

Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur,
et lui les a tirés de la détresse,
réduisant la tempête au silence,
faisant taire les vagues.
Ils se réjouissent de les voir s'apaiser,
d'être conduits au port qu'ils désiraient.

Qu'ils rendent grâce au Seigneur de son amour,
de ses merveilles pour les hommes ;
qu'ils l'exaltent à l'assemblée du peuple
et le chantent parmi les anciens !


C'est lui qui change les fleuves en désert,
les sources d'eau en pays de la soif,
en salines une terre généreuse,
quand ses habitants se pervertissent.

C'est lui qui change le désert en étang,
les terres arides en source d'eau ;
là, il établit les affamés
pour y fonder une ville où s'établir.
Ils ensemencent des champs et plantent des vignes :
ils en récoltent les fruits.

Dieu les bénit et leur nombre s'accroît,
il ne laisse pas diminuer leur bétail.
Puis, ils déclinent, ils dépérissent,
écrasés de maux et de peines.

Dieu livre au mépris les puissants,
il les égare dans un chaos sans chemin.
Mais il relève le pauvre de sa misère ;
il rend prospères familles et troupeaux.

Les justes voient, ils sont en fête ;
et l'injustice ferme sa bouche.
Qui veut être sage retiendra ces choses :
il y reconnaîtra l'amour du Seigneur.

Frère Pascal Marin

Méditation

Frère Pascal Marin

Le psalmiste nous livre ici une belle définition du chaos. En lui, nous dit-il, il n’y a plus de chemin. Plus de passage, plus de lieu où s’établir, plus de domaine à faire fructifier. Pensons ainsi à l’état d’une région après un grand tremblement de terre. Toutefois ce n’est pas d’un chaos de ce type dont nous parle le psaume. Il parle d’un chaos pour l’esprit, qui peut s’installer dans un monde parfaitement ordonné par l’intelligence et l’industrie humaine, mais où le cœur de l’homme ne se retrouve plus, dans un désert pour l’âme. Les puissants y prospèrent, parce que leur pouvoir est construit sur l’oubli de leur âme et leur domination n’a pas besoin de chemin pour agir. Elle domine et abaisse. Mais Celui qui « égare les puissants dans un chaos sans chemin » peut aussi remettre debout le pauvre homme écrasé par les dominations de ce monde : « Il relève le pauvre de sa misère. » Il recrée son âme. Il lui donne joie et vigueur. Et par quel prodige Dieu pourrait-il désamorcer le chaos en nous et autour de nous, nous en libérer et nous en relever ? Souvenons-nous qu’à l’origine de tout, l’esprit de Dieu tournait sur le chaos, les ténèbres couvraient l’abîme, et sa Parole y a ouvert un chemin.

Jésus, Parole de Dieu venue dans notre chair, tu nous as révélé la vraie nature de la Parole créatrice. Elle est amour. Dieu est Amour (*), en lui point de ténèbres. « Qui veut être sage retiendra ces choses : il y reconnaîtra l’amour du Seigneur », nous dit le psalmiste. Seigneur, ouvre nos yeux d’aveugles, donne-nous de voir l’amour créateur à l’œuvre aujourd’hui parmi nous.



* première lettre de saint Jean, chapitre 4