Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Alors Israël entre en Égypte,
Jacob émigre au pays de Cham.
Dieu rend son peuple nombreux
et plus puissant que tous ses adversaires ;
ceux-là, il les fait se raviser
haïr son peuple et tromper ses serviteurs.

Mais il envoie son serviteur, Moïse,
avec un homme de son choix, Aaron
pour annoncer des signes prodigieux,
des miracles au pays de Cham.

Il envoie les ténèbres, tout devient ténèbres :
nul ne résiste à sa parole ;
il change les eaux en sang
et fait périr les poissons.

Des grenouilles envahissent le pays
jusque dans les chambres du roi.
Il parle, et la vermine arrive,
des moustiques, sur toute la contrée.

Au lieu de la pluie, il donne la grêle,
des éclairs qui incendient les champs
il frappe les vignes et les figuiers,
il brise les arbres du pays.

Il parle, et les sauterelles arrivent,
des insectes en nombre infini
qui mangent toute l'herbe du pays,
qui mangent le fruit de leur sol.


Il frappe les fils aînés du pays,
toute la fleur de la race ;
il fait sortir les siens chargés d'argent et d'or
pas un n'a flanché dans leurs tribus !
Et l'Égypte se réjouit de leur départ
car ils l'avaient terrorisée.

Il étend une nuée pour les couvrir ;
la nuit, un feu les éclaire.
A leur demande, il fait passer des cailles,
il les rassasie du pain venu des cieux ;
il ouvre le rocher : l'eau jaillit,
un fleuve coule au désert.

Il s'est ainsi souvenu de sa parole sacrée
et d'Abraham, son serviteur ;
il a fait sortir en grande fête son peuple,
ses élus, avec des cris de joie !

Il leur a donné les terres des nations,
en héritage, le travail des peuples,
pourvu qu'il gardent ses volontés
et qu'ils observent ses lois.

Alléluia !

Frère Philippe Verdin

Méditation

Frère Philippe Verdin

Moi qui vis en Égypte, je n’entends pas ce psaume sans peur ! Le peuple élu se réjouit de sa libération à travers la mer Rouge, d’accord, mais il a fallu d’abord que dix plaies s’abattent sur les bords du Nil, et que les fils meurent dans un bain de sang, frappés par Dieu (*). C’est lui le Dieu d’amour, révélé en Jésus-Christ ? Pourquoi faut-il tant de malheurs sur un peuple pour permettre à un autre peuple d’exister ? Comment Dieu peut-il manier ainsi la terreur ? Lui qui dit dans le psaume 10 : « L’ami de la violence, je le hais ! ». Avouons que ce genre de textes nous dégoûte de la Bible !
Il faut essayer de comprendre ce texte comme un écrit vieux de 3 000 ans. Il faut aussi remarquer qu’en aucun verset Dieu n’invite l’homme à l’imiter dans la répression. Il y a aussi que si la Bible est la Parole de Dieu, elle est également l’histoire du dialogue des hommes avec Dieu.

Il y a une bonne tranche d’humanité dans ces textes. Enfin, puisque nous savons que Dieu est amour, il faut lire ce passage comme une métaphore. Une métaphore rugueuse et scandaleuse, mais qui ne décrit pas les événements comme ils se sont déroulés. C’est le psalmiste qui voit dans les plaies d’Égypte la main de Dieu. À nous d’avoir la sagesse du bon lecteur, capable d’interpréter le récit. Le psaume chante la libération inespérée et la Providence divine. Dans sa violence jubilatoire, il annonce aussi le messie. « Dieu rassasie son peuple d’un pain venue du ciel ; il ouvre le rocher et l’eau jaillit. » Or, nous dit Saint Paul, « ce rocher, c’était le Christ » (**). Il donne sa vie pour que nos déserts refleurissent. de son coeur transpercé par une lance jaillit la vie (***) pour tous les hommes, pour nous… et pour les Égyptiens !



* livre de l’Exode, chapitres 7 à 12
** première lettre de saint Paul aux Corinthiens, chapitre 10, verset 4
*** Évangile selon saint Jean, chapitre 19, verset 34