Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n'oublie aucun de ses bienfaits !

Car il pardonne toutes tes offenses
et te guérit de toute maladie ;
il réclame ta vie à la tombe
et te couronne d'amour et de tendresse ;
il comble de biens tes vieux jours :
tu renouvelles, comme l'aigle, ta jeunesse.

Le Seigneur fait oeuvre de justice,
il défend le droit des opprimés.
Il révèle ses desseins à Moïse,
aux enfants d'Israël ses hauts faits.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d'amour ;
il n'est pas pour toujours en procès,
ne maintient pas sans fin ses reproches ;
il n'agit pas envers nous selon nos fautes,
ne nous rend pas selon nos offenses.

Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint ;
aussi loin qu'est l'orient de l'occident,
il met loin de nous nos péchés ;
comme la tendresse du père pour ses fils,
la tendresse du Seigneur pour qui le craint !


Il sait de quoi nous sommes pétris,
il se souvient que nous sommes poussière.
L'homme ! ses jours sont comme l'herbe ;
comme la fleur des champs, il fleurit :
dès que souffle le vent, il n'est plus,
même la place où il était l'ignore.

Mais l'amour du Seigneur, sur ceux qui le craignent,
est de toujours à toujours,
et sa justice pour les enfants de leurs enfants,
pour ceux qui gardent son alliance
et se souviennent d'accomplir ses volontés.
Le Seigneur a son trône dans les cieux :
sa royauté s'étend sur l'univers.

Messagers du Seigneur, bénissez-le,
invincibles porteurs de ses ordres,
attentifs au son de sa parole !
Bénissez-le, armées du Seigneur,
serviteurs qui exécutez ses désirs !
Toutes les oeuvres du Seigneur, bénissez-le,
sur toute l'étendue de son empire !

Bénis le Seigneur, ô mon âme !

Sœur Véronique Margron

Méditation

Sœur Véronique Margron

Bénir l’existence, telle qu’elle est. L’aimer comme elle se donne. Reconnaître le bienfait reçu et se réjouir du bien que les autres reçoivent, et non l’envier. Secret des bénédictions, nuit et jour. Car la bénédiction n’est pas naïveté, qui regarderait le monde et la vie avec des lunettes ensoleillées. Elle sait ce qui ronge l’homme. Ce qui le meurtrit. Mais elle a touché le salut, elle est un acte de croire. Bénir, c’est croire.
Croire que malgré la destinée du monde, notre Dieu est tendresse et pitié, qui met loin de nous nos fautes, qui ne profite de nos vulnérabilités, un Dieu qui fait justice et porte les humbles. Croire. Comme supplier, l’autre face de bénir, demande aussi de croire que quelqu’un entend. Je ne sais comment. Mais je le crois de tout mon être, de toute ma vie. Bénir est ce geste de gratitude sans lequel l’humain n’est pas lui-même.

Si tout est un dû, une évidence, ou une indifférence, alors quelque chose de notre humanité s’est éloignée en nous.
Gratitude devant la beauté de toute naissance, car elle est une victoire sur la mort et une promesse. Reconnaissance devant le visage ridé qui relate mieux qu’un livre l’histoire d’une vie, ou devant l’amitié, la beauté d’un paysage, d’une voix. Gratitude car sans don la vie humaine n’est plus. Le Dieu du psalmiste est celui du don : qui ne retient pas son offense, dont les entrailles restent accueillantes, qui délaisse sa colère et offre sa fidélité aux cœurs égarés.
Le priant qui bénit a traversé l’épreuve. Elle se love au creux de sa bénédiction. Alors ressemble-t-elle à un instant d’éternité. Comme un mot de passe qui nous est transmis ce matin encore.