Psaume dans la ville

S'arrêter, goûter une parole

Seigneur, entends ma prière :
que mon cri parvienne jusqu'à toi !
Ne me cache pas ton visage
le jour où je suis en détresse !
Le jour où j'appelle, écoute-moi ;
viens vite, réponds-moi !

Mes jours s'en vont en fumée,
mes os comme un brasier sont en feu ;
mon coeur se dessèche comme l'herbe fauchée,
j'oublie de manger mon pain ;
à force de crier ma plainte,
ma peau colle à mes os.

Je ressemble au corbeau du désert,
je suis pareil à la hulotte des ruines :
je veille la nuit,
comme un oiseau solitaire sur un toit.
Le jour, mes ennemis m'outragent ;
dans leur rage contre moi, ils me maudissent.

La cendre est le pain que je mange,
je mêle à ma boisson mes larmes.
Dans ton indignation, dans ta colère,
tu m'as saisi et rejeté :
l'ombre gagne sur mes jours,
et moi, je me dessèche comme l'herbe.

Mais toi, Seigneur, tu es là pour toujours ;
d'âge en âge on fera mémoire de toi.
Toi, tu montreras ta tendresse pour Sion ;
il est temps de la prendre en pitié : l'heure est venue.
Tes serviteurs ont pitié de ses ruines,
ils aiment jusqu'à sa poussière.

Les nations craindront le nom du Seigneur,
et tous les rois de la terre, sa gloire :
quand le Seigneur rebâtira Sion,
quand il apparaîtra dans sa gloire,
il se tournera vers la prière du spolié,
il n'aura pas méprisé sa prière.


Que cela soit écrit pour l'âge à venir,
et le peuple à nouveau créé chantera son Dieu :
« Des hauteurs, son sanctuaire, le Seigneur s'est penché ;
du ciel, il regarde la terre
pour entendre la plainte des captifs
et libérer ceux qui devaient mourir. »

On publiera dans Sion le nom du Seigneur
et sa louange dans tout Jérusalem,
au rassemblement des royaumes et des peuples
qui viendront servir le Seigneur.

Il a brisé ma force en chemin,
réduit le nombre de mes jours.
Et j'ai dit : « Mon Dieu,
ne me prends pas au milieu de mes jours ! »

Tes années recouvrent tous les temps :
autrefois tu as fondé la terre ;
le ciel est l'ouvrage de tes mains.

Ils passent, mais toi, tu demeures :
ils s'usent comme un habit, l'un et l'autre ;
tu les remplaces comme un vêtement.

Toi, tu es le même ;
tes années ne finissent pas.
Les fils de tes serviteurs trouveront un séjour,
et devant toi se maintiendra leur descendance.

Sœur  Anne Lécu

Méditation

Sœur Anne Lécu

D’AGE EN AGE

« Mais toi Seigneur, tu es là pour toujours ».

Au commencement du monde, tu es là, et ton souffle ouvre dans le chaos la possibilité que ton amour prenne visage.
Au commencement du monde, quand Adam le terreux, qui lorsqu’il sourit te ressemble tant, se cherche une compagnie pour supporter la solitude, tu es là et lui façonne une vivante compagne. Et lorsqu’il se cache au jardin, saisi de honte après son premier mensonge, tu es là, tu le cherches, tu le guettes, tu l’appelles, lui qui semble ne plus être là. « Où es-tu ? »
Et lorsque Caïn, que tu aimais tant, a tué son frère, que tu aimais tant, tu es là, tu le cherches, tu le guettes, tu l’appelles, et tu graves sur son front cette marque qui le protègera des méchants.

Tu es là, pour retenir le couteau d’Abraham, et glisser à la place de son fils un bélier, qui passait par là.
Tu es là, quand ton peuple esclave en Égypte crie vers toi qu’il n’en peut plus. Tu es là, dans la nuit de son désert, comme un feu pour éclairer la route, et le jour comme une ombre pour l’abriter du soleil.
En exil, du côté des exilés,
affamé, du côté des affamés,
sans maison, du côté des sans maison,
et finalement cloué sur un morceau de bois, tu es là, comme un coupable avec les coupables.

« Emmanuel, Dieu avec nous », est le nom que tu as choisi, car si ton Fils s’est fait l’un de nous, Il demeure l’un de nous, lui qui est ton visage, ta présence qui est là pour toujours.
Tu es là.
Et ta présence en nous est notre identité la plus profonde.